LA TRAGEDIE DE L'URANIUM APPAUVRI
Par Doug ROKKE
Les munitions à uranium appauvri polluent l'environnement
et nuisent à la santé mais les responsables américains
nient l'évidence, refusant de mettre en uvre des protocoles
de décontamination ou d'apporter une assistance médi-cale
appropriée aux victimes.
Les munitions à uranium appauvri (UA) sont utilisées
dans les combats pour leur très grande efficacité. Toutefois,
en gagnant ces batailles nous avons contaminé l'air l'eau et
le sol. Par conséquent, des hommes, des femmes et des enfants
ont inhalé ou ingéré de l'uranium ou ont vu leurs
blessures contaminées par ce métal lourd, véritable
poison radioactif.
Dans cet article, le D' Rokke - l'expert de radiophysique médicale
sanitaire initialement chargé par l'armée américaine
de mettre de l'ordre dans la pagaille provo-quée par l'UA -
examine les points sui-vants : Qu'est-ce que l'uranium appauvri? Comment
l'année l'utilise-t-elle? Où et quand en a-t-on utilisé
? Qu'avons-nous trouvé juste après les tirs de notre
propre camp et les incidents de combats de l'Opération Tempête
du désert? Comment est né le "Deplered Uranium
Project " (Projet sur I 'uranium appauvri) et quels en étaient
les objectifs? Quels effets néfastes sur la santé a-t-on
observés, reconnus, trai-tés et étudiés?
Au vu des recherches anté-rieures et du Projet sur l'uranium
appauvri, quelles recommandations ont été émises?
Qu'est-il advenu de ces recommandations? Que reste-il à faire?
En résumé: il est urgent d'apporter une assistance médicale
à toutes les victimes de l'UA, de mettre en oeuvre des mesures
d'as-sainissement de l'environnement et d'inter-dire les munitions
à l'uranium appauvri.
Les officiels nient les graves effets de l'UA sur la santé
Les preuves médicales - et en particulier les anomalies congénitales
observées chez les enfants nés de parents vivant dans
des zones contaminées par ]'UA - sont une source de préoccupation
croissante. L'uranium appauvri (uranium-23 8) et d'autres contaminants
résultant de la guerre sont en cause. Aujourd'hui, dix ans
après la Guerre du Golfe, des soldats et des civils présentent
de graves problèmes de santé dus à une exposition
à des munitions contenant de l'uranium appauvri, aux armes
chi-miques et biologiques iraquiennes et aux dégagements de
produits chimiques indus-triels. Bien que l'origine de ces problèmes
de santé Soit complexe, je souhaiterais me concentrer sur l'uranium
appauvri.
Aujourd'hui, les États-Unis, la Grande-bretagne, le Canada
et l'OTAN continuent à affirmer expressément qu'il n'existe
aucun effet néfaste reconnu sur la santé de ceux d'entre
nous qui travaillent sur le pro-jet médical de l'uranium appauvri
au sein du Ministère américain des Anciens com-battants.
C'est un mensonge, comme l'ont prouvé nos propres dossiers
médicaux basés sur des diagnostics effectués
par nos propres médecins urgentistes.
Un reportage du 10 janvier 2001 indi-quait que " le Ministre
de la Défense William Cohen avait affirmé que l'UA n'était
pas plus dangereux que la peinture à base de plomb ",
et un instructeur de l'armée améri-caine avait assuré
aux journalistes qu'il était "apte à la consommation
". Je ne connais aucun médecin capable d'affirmer que
la peinture à base de plomb et l'uranium sont aptes à
la consommation. Après avoir été empoisonnés
par le plomb, des enfants sont maintenant contaminés par l'uranium
appauvri aux quatre coins du monde.
Tandis que les responsables gouverne-mentaux continuent à réfuter
tout lien entre une exposition à l'uranium et des pro-blèmes
de santé, les mineurs travaillant dans des mines d'uranium
et les blessés de guerre exposés à une contamination
par l'uranium présentent les mêmes troubles. Bien que
le Radiation Exposure and Compensation Act de 1990 fût censé
verser des indemnités à ces Américains, un article
en première page du New York Times du 27 mars 2001 décrivait
à quel point ces per-sonnes étaient atteintes et indiquait
qu'elles attendaient toujours leurs indemnités en rai-son d'allocations
budgétaires inadéquates.
Je trouve très gênant que, alors qu'une partie du gouvernement
américain reconnaît les graves effets néfastes
de l'uranium appauvri sur la santé, les responsables du Ministère
américain de la Défense refusent de reconnaître
ces mêmes effets engendrés par une exposition à
l'uranium des muni-tions utilisées en temps de guerre.
Les responsables de I 'Organisation Mondiale de la Santé ont
publié leur rapport anticipé en avril 2001. Bien que
ce rapport ait émis des recommandations spécifiques,
ses auteurs, tout comme ceux d'autres rap-ports d'organismes gouvernementaux,
n'ont pas consulté ceux d'entre nous qui ont réellement
mis de l'ordre dans la pagaille provoquée par l'UA après
l'Opération Tempête du désert et effectué
les recherches dans le cadre du Depleted Uraniuim Project.
Je trouve également étonnant qu'une fois de plus les
auteurs d'un rapport n'aient pas relevé le fait que, bien qu'une
assistance médicale ait été demandée depuis
la guerre pour toutes les personnes exposées et que des mesures
d'assainissement de l'environ-nement aient été recommandées
ou exigées, rien de tout cela n'ait été fait.
Les auteurs du rapport de l'OMS n'ont pas non plus contacté
ceux d'entre nous qui sont des vic-times reconnues de l'UA ni parlé
à nos médecins des effets observés et diagnosti-qués
sur la santé suite à une exposition à I'UA. Une
fois de plus, les directives de la circulaire de Los Alamos (mars
1991) rédi-gée par LTC M. Ziehmn. USMC, sont res-pectées
à la lettre.
Qu'est-ce que l'uranium appauvri?
L'uranium appauvri, qui contient 99.8 % d'U-238, .est composé
d'hexafluorure d'uranium, le sous-produit du procédé
d'en-richissement de l'uranium.
De récents documents publiés par le Ministère
américain de l'Énergie affirment l'existence d'une petite
proportion d'autres métaux lourds toxiques tels que le pluto-nium,
Bien que 60 % du rayonnement ioni-sant des émissions gamma
de l'U-235 et l'U-234 soient éliminés durant le procédé
d'enrichissement, les particules alpha de 4,2 MeV et 4,15 MeV - qui
entraînent une ioni-sation interne importante causant des lésions
cellulaires - augmentent proportionnelle-ment. La sempiternelle affirmation
selon laquelle l'uranium appauvri présente une radioactivité
inférieure de 60 % à celle de l'uranium naturel ne tient
tout simplement pas compte des lésions internes graves cau-sées
par les émissions alpha. En outre, les dérivés
radioactifs émettent des particules bêta et des rayons
gamma susceptibles de provoquer d'autres lésions radiologiques.
Même s'il ne représente peut-être pas un
danger en externe, l'UA constitue un grave danger en interne. Son
inhalation, son ingestion ou la contamination des blessures présente
des risques sérieux et inacceptables. En outre, les fragments
ou pénétrateurs usagés émettent des par-ticules
bêta de 300 mrem/heure et ne peuvent donc pas être touchés
ou ramas-sés sans équipement de protection.
Comment l'armée l'utilise-t-elle?
L'UA est utilisé pour fabriquer des pénétrateurs
à énergie cinétique - des baguettes géantes.
Chaque pénétrateur cinétique se compose presque
exclusive-ment d'uranium-238.
L'industrie américaine des munitions produit les modèles
suivants (la masse d'uranium-238 correspondante est indi-quée
pour chaque modèle):
- 7,62 mm (masse non spécifiée);
- 50 cal. (masse non spécifiée);
- 20 mm pour une masse de 180 g environ;
- 25 mm pour une masse de 200 g environ:
- 30 mm pour une masse de 280 g environ;
- 105 mm pour une masse de 3500 g environ:
- 120 mm pour une masse de 4500 g environ;
- sous--munitions/mines terrestres telles que la PDM et l'ADAM, dont
l'enveloppe contient une petite proportion d'UA.
Aujourd'hui, beaucoup d'autres pays produisent ou ont acquis des
munitions à l'UA. L'UA est également utilisé
dans les blindages, les contrepoids, les écrans de radioprotection
et, ainsi que l'a pro-posé le Ministère américain
de l'Éner-gie, comme composant de matériaux de structure
et de construction routière. Toutes ces utilisations sont destinées
à écouler les énormes stocks résultant
du procédé d'enrichissement de l'uranium du ministère
américain de l'énergie.
Il est important de bien prendre conscience que les pénétrateurs
à l'UA sont de l'uranium-238 solide. Ils ne comportent ni embouts
ni gaines. Durant un impact, au moins 40 % du pénétrateur
forme des oxydes d'ura-nium ou des fragments qui restent sur le terrain,
à l'intérieur ou sur le matériel touché
ou bien à l'intérieur des struc-tures touchées.
Le reste du pénétrateur conserve sa forme initiale.
Ainsi, il reste quelque part un morceau d'uranium solide, que des
enfants risquent de ramasser. L'UA s'enflamme également dans
l'air durant sa trajectoire et lors de l'impact. Les retombées
d'UA en feu et de fragments d'UA provoquent des explosions secondaires,
des incendies, des blessés et des morts.
En termes simples, qui voudrait avoir dans son jardin des milliers
de baguettes d'uranium solide, d'une masse comprise entre 180 et 4500
grammes? Qui voudrait avoir dans son jardin une source de contamination
à l'uranium?
Où et quand en a t-on utilisé?
Des rapports et des preuves photogra-phiques du matériel détruit
laissent pen-ser que I'UA a été utilisé pour
la pre-mière fois durant la guerre israélo-arabe de
1973. A l'aide de tests en laboratoire, des médecins ont confirmé
une exposi-tion à l'UA internalisé chez la personne
ayant inspecté le matériel détruit.
La Guerre du Golfe a vu la première utilisation significative
d'UA dans les combats. Les pilotes de chasse ont tiré au moins
850950 obus et les canonniers 9460 obus supplémentaires, pour
un poids total de 631 055 livres ou plus de 315 tonnes. De récentes
conversations avec la personne ayant dirigé tous les tirs d'obus
à UA suggèrent que ce chiffre est peut-être en
dessous de la vérité et que la quantité réelle
serait supérieure de 25 %, atteignant environ 390 tonnes.
Malgré les mises en garde recom-mandant d'éviter d'utiliser
l'UA, les Marines américains ont tiré des muni-tions
à UA à trois occasions différentes en 1995 et
1996 lors de manuvres à Okinawa, sans en informer le
gouverne-ment japonais pendant plus d'un an.
En 1995, l'armée américaine a égale-ment tiré
au moins 10000 obus à UA en Serbie. Récemment [1999-2000],
les forces américaines ont tiré au moins 31 000 obus
de 30 millimètres à l'UA en Kosovo ou en Serbie.
Des munitions à UA ont été utilisées dans
des champs de tir de l'Indiana, du Nevada, du Nouveau Mexique, de
Floride, du Maryland, d'Écosse et du Canada. Fait étonnant,
la Marine améri-caine a tiré des munitions l'UA sur
l'île de Vieques (Puerto Rico), afin de prépa-rer les
attaques du Kosovo.
Vieques est actuellement au cur d'un débat natio-nal
et internatio-nal, avec une contamination de l'environnement avérée
et des effets néfastes sur la santé similaires à
ceux observés chez d'autres vic-times de l'UA. Récemment,
le Ministre de la Défense Donald Rumsfeld a déci-dé
de suspendre les opérations de Vieques. Toute-fois, Rumsfeld
doit ordonner la mise en place de mesures d'assainisse-ment complet
de l'environnement et d'une assistance médicale pour toutes
les victimes de Vieques. Toutes les opéra-tions militaires
doivent cesser définitive-ment.
Qu'avons-nous trouvé juste après les tirs de notre propre
camp et les incidents de combat de l'Opération Tempête
du désert?
Le Quartier général du Département de l'armée,
de Washington DC., m'a affecté en tant que médecin et
expert de radiophysique médicale sanitaire au sein de l'équipe
chargée d'évaluer l'UA utilisé pendant l'Opération
"Tempête du désert". Nos découvertes
peuvent se résumer en trois mots: " Oh mon Dieu! ".
Selon des documents officiels, chaque baguette de péné-trateur
contenant de l'uranium pouvait perdre jusqu'à 70 % de sa masse
lors de l'impact, provoquant une contamination fixée et labile,
le reste de la baguette se propageant à travers le matériel
ou la structure pour finir par se retrouver sur le terrain. Les inspections
des impacts sur place ont montré que la perte de masse était
d'environ 40 %, partie qui crée une contamination fixée
et labile, laissant environ 60 % de la masse initiale du pénétra-teur
sous forme d'une baguette solide. Il est apparu que les radiacs standards
(instruments de détection, d'indication et d'évaluation
de la radioactivité) ne détectaient pas cette conta-mination.
Le matériel était contaminé par des fragments
d'uranium, des oxydes d'uranium, d'autres substances dangereuses,
des muni-tions instables non explosées et des sous-pro-duits
de munitions explosées.
Les documents que nous a envoyés le Commandement logistique
de l'année américai-ne pendant l'Opération "Tem-pête
du désert" affirmaient que l'oxyde d'uranium était
inso-luble à 57 % et soluble à 43 % et inhalable au
moins à 50%. Dans la plupart des cas, sauf pour les fragments
des pénétra-teurs. on a découvert une conta-mination
à l'intérieur des struc-tures endommagées ou
du matériel détruit, sur le matériel détruit
ou bien dans un rayon de 25 mètres autour du maté-riel.
Toutefois, durant les tests réalisés au Nevada en 1994
et 1995, nous avons découvert une contamination par l'UA jusqu'à
400 mètres du lieu d'un incident isolé.
Après notre retour aux États-Unis, nous avons dressé
le "Plan de nettoyage du théâtre des opérations".
que le Ministère américain de la Défense a soi-disant
transmis au Département d'État puis à l'Émirat
du Koweït. Aujourd'hui, il est clair que les Irakiens n'ont jamais
eu connaissance de ces informations. Par conséquent, bien que
nous ayons su qu'il y avait et qu'il y a encore des matières
dangereuses en Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont
préféré fermer les yeux pour des raisons politiques
et écono-miques.
Des responsables irakiens, kosovars, serbes et autres ont souvent
réclamé en vain des procé-dures de soins médicaux
et de gestion de la contamination. Des habitants de Vieques, citoyens
américains, ont également demandé une assistance
médicale et des mesures d'assainissement de l'environnement
mais les respon-sables du Ministère de la Défense refusent
tou-jours de mettre en place ces mesures essen-tielles.
Comment est né le Depleted Uranium Project et quels en étaient
les objectifs?
Les risques sanitaires et environnementaux potentiels d'une contamination
par l'uranium étaient connus avant la Guerre du Golfe. Une
circulaire de la Defense Nuclear Agency amé-ricaine, rédigée
par LTC Lyle et envoyée à notre équipe en Arabie
Saoudite, indiquait:
" Étant donné que les équipes de neutrali-sation
des explosifs et munitions, les unités de combat terrestre
et les populations civiles d'Arabie Saoudite, du Koweït et d'Irak
sont de plus en plus exposées aux munitions à l'UA,
nous devons nous préparer à faire face à d'éventuels
problèmes. Les souvenirs de la guerre toxique, la fureur politique
et le net-toyage post-conflit (accord de la nation hôte) ne
sont que quelques-uns des problèmes qu'il va falloir aborder.
Les particules alpha (pous-sière d'oxydes d'uranium) provenant
des obus explosés sont préoccupantes mais les parti-cules
bêta provenant des fragments et des obus intacts constituent
une menace bien plus grave pour la santé, avec des taux d'exposition
potentiels de 200 milliards/heure en cas de contact.
Cette circulaire, ainsi que les rapports que nous avons préparés
juste après la Guerre du Golfe dans le cadre du projet d'évaluation
de l'UA en vue de récupérer le matériel américain
contaminé/détruit par l'UA, les recherches antérieures
et d'autres inquiétudes exprimées ont conduit le Ministère
américain de la Défense à publier une directive
signée par le Général Eric Shinseki le 19 août
1993, visant à:
1. Dispenser une formation adéquate au personnel susceptible
d'entrer en contact avec du matériel contenant de l'uranium
appauvri.
2. Procéder à un dépistage médi-cal sur
le personnel exposé à une contamination par l'UA durant
la Guerre du Golfe,
3. Élaborer un plan pour récupé-rer le matériel
contaminé par l'UA lors des futures opérations."
Nul doute donc que les respon-sables du Ministère américain
de la Défense étaient et sont toujours conscients des
risques exception-nels et inacceptables propres aux munitions à
uranium appauvri.
Par conséquent, j'ai été rappelé au service
actif dans l'armée améri-caine en tant que directeur
du projet sur l'UA, chargé de développer des procédures
de formation et de ges-tion environnementale. Ce projet incluait :
un examen de la documen-tation, un projet de développement
d'un programme détaillé impli-quant toutes les branches
du Ministère américain de la Défense ainsi que
des représentants de l'Angleterre, du Canada, de l'Allemagne
et de l'Australie et des recherches fondamentales sur le site d'essai
du Nevada situé à 190 kilo-mètres au nord-ouest
de Las Vegas, destinées à valider les procédures
de gestion.
Le Depleted Uranium Project a donné naissance à:
- Trois programmes de forma-tion: (1) Niveau I: grand public, (2)
Niveau II: dégâts des combats et opérations de
récupération, (3) Niveau III: officiers/sous-officiers
spécialisés dans les produits chi-miques;
- Trois cassettes vidéo: (1) " Sensibilisation au risque
de l'ura-nium appauvri ", (2) " Gestion du matériel
endommagé et contami-né ", (3) " Fonctionnement
de l'en-semble des radiacs AN/PDR-77 ";
- La réglementation préliminaire de l'armée américaine,
" Gestion du ma-tériel contaminé par l'uranium
appau-vri ou par des produits radioactifs ":
- Une brochure de l'armée amé-ricaine exposant "
les procédures de manipulation du matériel contami-né
par l'uranium appauvri ou par des produits radioactifs ";
- Un nouveau radiac, capable de détecter et de quantifier une
conta-mination par l'UA.
Bien que ces données aient été obtenues, reconnues
et prêtes à être diffusées en janvier 1996,
l'armée américaine, le Ministère américain
de la Défense ainsi que des respon-sables britanniques, allemands,
canadiens et australiens ont ignoré les directives répétées
et n'ont pas mis en place, sinon partiellement, le programme de formation
et les pro-cédures de gestion. Ce programme et ces procédures
n'ont pas été por-tés à la connaissance
de tous, ni même à celle des représentants des
gouvernements de pays dont la population et l'environnement ont été
exposés à l'UA. comme l'ont confirmé les enquêteurs
du General Accounting Office américain (sorte de cour des comptes
fédérale) dans un rapport publié en mars 2000
ainsi que par mes contacts person-nels.
Quels effets néfastes sur la santé a-t-on observés,
reconnus, traités et étudiés?
L'identification et la vérification des dangers de l'uranium
appauvri sur la santé sont limitées par le refus ou
le report délibéré du dépis-tage et de
la prise en charge médi-cale des victimes des tirs améri-cains
ayant inhalé, ingéré de l'UA ou ayant vu leurs
blessures conta-minées par ce métal, et de tous ceux
présentant une exposition avérée ou supposée
à de l'uranium internalisé.
Bien que dès mars 1991, nous ayons recommandé une assistance
médicale immédiate, les ministères américain
et britannique de la défense et, du même coup, le minis-tère
américain des anciens combat-tants rechignent toujours à
proposer un dépistage complet et les soins médicaux
nécessaires.
Dans une lettre datée du 1er mars 1999, le Dr Bernard Rostker
m'a indiqué qu'une fois les combats ter-restres terminés
les médecins et les experts de radiophysique médicale
sanitaire avaient jugé inutiles le dépistage et le traitement
des per-sonnes exposées à l'uranium, Les vrais documents
disent le contraire! Aujourd'hui, des personnes (dont moi-même),
à qui a été refusée une assistance médicale,
sont malades alors que d'autres sont décédées.
J'ai adressé personnellement ma demande par courrier le 21
mai 1997 au bureau du service de santé, du commandement logistique
de l'armée américaine et l'ai transmise au Dr Rostker.
Selon mon expérience personnel-le, celle des médecins
et des per-sonnes exposées à l'UA, les effets néfastes
avérés sur la santé incluent:
(a) une allergie des voies respira-toires; (b) des anomalies neurolo-giques;
(c) des calculs rénaux et des douleurs rénales chroniques;
(é) des éruptions cutanées; (e) une dégrada-tion
de la vision et une perte de vision nocturne; (f) des problèmes
de gencives; (g) des lymphomes; (h) diverses formes de cancers de
la peau et des organes; (j) des troubles neuropsychologiques; (j)
la présen-ce d'uranium dans le sperme; (k) un dysfonctionnement
sexuel; et (I) des anomalies congénitales chez les nouveaux-nés.
Aujourd'hui, des problèmes de santé or été
répertoriés chez des employés d'usine de traitement
de l'uranium ainsi que chez des personnes vivant à proximité
de Paducah, dans le Kentucky, Ponsmouth dans l'Ohio, Los Alamos, au
Nouveau Mexique, Oak Ridge, dans le Tennessee et Hanford, dans l'état
de Washington. Les employés des usines de production ou de
traitement de l'uranium de l'état de New York, du Tennessee,
de l'Iowa, du Massachusetts et de la région des " four
corners " du sud-ouest du Colorado ont éga-lement fait
état à plusieurs reprises de pro-blèmes de santé
similaires à ceux rapportés par des victimes avérées
de l'UA utilisé pendant la Guerre du Golfe. Des médecins
iraquiens et ceux d'autres organisations humanitaires font état
des mêmes pro-blèmes de santé chez les populations
expo-sées.
Des scientifiques écossais ont récem-ment confirmé
la présence d'uranium dans l'urine des habitants des Balkans.
Cela lais-se penser que l'uranium appauvri (U-238) est mobile et contamine
l'air, l'eau et le sol - comme l'indiquait déjà une
lettre d'oc-tobre 1943 adressée au Général Leslie
Groves.
Actuellement, vérifier la corrélation entre une exposition
à l'uranium et des pro-blèmes de santé n'est
peut-être pas pos-sible, sauf dans quelques cas, en raison de
retards délibérés d'un dépistage obligatoire
- un test radiobiologique. Le dépistage implique le prélèvement
et l'analyse d'é-chantillons d'urine, de selles et d'un frottis
de gorge dans les 24 heures suivant l'expo-sition. Aujourd'hui. des
mois ou des années plus tard, seule une petite partie de l'ura-nium
séquestré sera détectée. C'est pour-quoi
les scientifiques de l'OMC ont recom-mandé un dépistage
immédiat chez les populations exposées. Cette fraction
détec-table ne représente que la partie mobile ou soluble.
Une récente autopsie réalisée au Canada a révélé
qu'il se produisait bien une rétention et que la fraction mobile
pouvait ne pas être représentative de la quantité
réellement présente.
Même lorsqu'il existe des preuves médi-cales avérées
imputant des problèmes de santé à une exposition
à l'UA, la recon-naissance et la documentation officielles
demeurent limitées. Par exemple, en 1994 et 1995, le personnel
médical du Ministère américain de la Défense
en poste au sein d'un hôpital militaire américain a enlevé,
mis à l'écart et caché des diagnostics docu-mentés
(y compris le mien) concernant des personnes affectées et d'autres
médecins. Certains dossiers médicaux ont été
récupé-rés à l'automne 1997 mais probablement
trop tard pour beaucoup de personnes. Aujourd'hui, cette pratique
se poursuit et, par conséquent, les personnes exposées
ne bénéficient pas d'une assistance médicale
adéquate et efficace. Cela concerne égale-ment les personnes
pour lesquelles une prise en charge a été demandée
et prescrite à de nombreuses reprises. Cette situation perdurera
aussi longtemps qu'on laissera les gouvernements américain,
britannique, canadien et autres, ainsi que l'OTAN, ne tenir aucun
compte des preuves émergentes et refuser une assistance médicale
à tous ceux ayant été ou susceptibles d'avoir
été exposés à l'uranium appauvri (uranium-238),
à d'autres isotopes et à d'autres contaminants résultant
de l'utilisation de munitions à uranium appauvri.
Les critères décrivant les expositions nécessitant
un dépistage médical dans un délai de 24 heures
et une assistance médi-cale ultérieure ont été
exposés dans un message du quartier général du
ministère de l'armée, daté du 14 octobre 1993.
Ces expositions correspondaient aux situations suivantes:
"a. Se trouver au milieu de fumée de feux d'UA provenant
de véhicules chargés de munitions ou de dépôts
de stockage de munitions en flammes.
b. Travailler dans des environnements contenant de la poussière
d'UA ou des rési-dus de feux d'UA.
c. Se trouver à l'intérieur d'un véhicule ou
d'une structure au moment où ils sont frappés par des
munitions à l'UA."
Ces directives doivent s'appliquer scru-puleusement à tous
les individus exposés, qu'ils soient civils ou militaires.
Elles doi-vent être mises en oeuvre maintenant !
Il faut programmer et offrir une assistan-ce médicale afin
d'identifier puis de soula-ger les problèmes physiologiques
réels plu-tôt que de meure l'accent sur les manifes-tations
psychologiques et le dépistage continu. Des personnes, dont
des enfants, sont malades et méritent de recevoir des soins
pour les expositions complexes à l'origine de leurs problèmes
de santé. Pour des expositions connues à l'uranium,
l'ac-cent devrait être mis sur les disciplines sui-vantes (la
source de préoccupation figure entre parenthèses):
A. la neurologie (effets des métaux lourds):
B. l'ophtalmologie (effets du rayonnement et des métaux lourds);
C. l'urologie (effets des métaux lourds et formation de cristaux);
D. la dermatologie (effets des métaux lourds):
E. la cardiologie (effets du rayonnement et des métaux lourds):
F. la pneumologie (effets du rayonnement. des particules et des métaux
lourds):
G. l'immunologie (effets du rayonnement et des métaux lourds);
H. l'oncologie (effets du rayonnement et des métaux lourds);
I. la gynécologie (problèmes neurologiques, effets du
rayonnement et des métaux lourds);
J. la gastro-entérologie (effets systématiques); K.
l'odontologie (effets des métaux lourds);
L. la psychologie (effets des métaux lourds).
Beaucoup de per-sonnes dont on sait qu'elles ont été
exposées n'ont toujours pas reçu l'assistance demandée.
Comme l'a indiqué le Dr Michael Kilpatrick, du Ministère
américain de la Défense, le 10 mars 2001, seules 60
per-sonnes (dont moi-même) se voient dispenser un minimum de
soins médi-caux par des médecins affectés au
Projet sur l'uranium appauvri du ministère des anciens combattants,
à Baltimore, dans le Maryland. Cela ne représente qu'une
fraction sur les plus de 350 per-sonnes dont l'exposition a été
confirmée.
Aujourd'hui. moi-même et d'autres devons prendre des antibiotiques
et des stéroïdes pour gérer nos problèmes
de santé. Il est impossible d'obtenir des soins et des traitements
corrects. Si les autorités refusent tout examen médical
aux persOnnes qui ont été exposées et présentent
des problèmes de santé, alors elles n'ont pas de mal
à dire que l'UA n'a jamais eu d'effets néfastes sur
la santé parce qu'elles n'en ont jamais vu. Il en va de même
pour la science médicale lorsque les politiques donnent l'ordre
d'étouffer l'affaire pour limiter les responsabilités.
Cette tentative d'étouffer l'affaire a commencé avec
l'infâme circulaire de Los Alamos envoyée à notre
équipe en Arabie saoudite en mars 1991. Cette circulaire nous
disait de faire en sorte que nos conclusions permettent de continuer
à utiliser les munitions à l'UA. En d'autres termes,
il fallait mentir!
La lettre envoyée au Général Leslie Groves en
1943 est encore plus dérangeante. Dans cette cir-culaire, datée
du 30 octobre 1943, des scienti-fiques de premier plan affectés
au Projet Manhattan suggéraient que l'uranium pouvait être
utilisé pour contaminer l'air, l'eau et le sol, Selon cette
lettre, envoyée par le sous-comité du Comité
exécutif S-I sur " l'utilisation des maté-riaux
radioactifs comme arme militaire ", une inhalation d'uranium
provoquait une " irritation des bronches en quelques heures ou
quelques jours ". C'est exactement ce qui est arrivé à
ceux d'entre nous qui ont inhalé de la poussière d'UA
durant l'Opération "Tempête du désert"
ainsi qu'aux soldats américains présents dans les Balkans.
Le sous-comité ajoutait:
" Les produits émettant des particules bêta pouvaient
pénétrer dans le tractus gastro-intesti-nal par de l'eau,
de l'air ou des aliments pollués. S'ils pénétraient
par les voies aériennes, ils se logeaient sur les muqueuses
du nez, de la gorge, des bronches. etc. et étaient avalés,
ce qui entraî-nait une irritation locale, tout comme dans les
bronches, et cela pour un même degré d'exposi-tion. L'estomac,
le cæcum et le rectum, où les concentrations de produits
restaient plus long-temps qu'ailleurs, étaient les parties
plus suscep-tibles d'être affectées. Des ulcères
et une perfora-tion fatale de l'intestin pouvaient survenir, même
en l'absence d'effets généraux dus au rayonne-ment.
"
Aujourd'hui. des problèmes de santé conti-nuent à
se développer. On refuse ou on retarde toujours l'apport d'une
assistance médicale aux victimes exposées à l'uranium,
tandis que les res-ponsables des ministères de la défense
américain et britannique continuent à réfuter
tout lien entre une exposition à l'uranium et des effets néfastes
sur la santé ou l'environnement. Ils s'imaginent qu'ils peuvent
répandre des déchets radioactifs (uranium-238) dans
le jardin de n'importe qui sans avoir à le nettoyer ou à
assurer de prise en charge médicale. Leur arrogance est stupéfiante!
Au vu des recherches antérieures et du Depleted Uranium Project,
quelles recommandations ont été émises?
Le projet sur l'UA et l'examen des recherches antérieures ont
renforcé nos conclusions et recommandations initiales de 1991
selon les-quelles:
1. Toute source de contamination par I'UA doit être physiquement
retirée et correctement détrui-te afin de prévenir
des expositions futures.
2. Des systèmes de détection de rayonnement spécialisés,
capables de détecter et de mesurer les émissions des
particules alpha, des particules bêta, des rayons X et des rayons
gamma à des niveaux appropriés allant de 20 dpm à
100000 dpm et de 0,1 mrem/heure à 75 mrem/heure, doi-vent être
acquis et distribués à toutes les per-sonnes ou organisations
chargées des soins médi-caux et des opérations
d'assainissement de l'envi-ronnement impliquant de l'uranium appauvri/uranium
238 et d'autres isotopes fai-blement radioactifs éventuellement
présents. Le matériel standard ne détectera pas
de contamina-tion.
3. Une assistance médicale doit être apportée
à toutes les personnes ayant (ou susceptibles d'avoir) inhalé
ou ingéré de I 'UA ou vu leurs blessures conta-minées
par cette substance toxique, afin de détecter une contamination
par de l'uranium internalisé retenu et mobile.
4. Toutes les personnes qui entrent dans, grimpent sur ou travaillent
dans un rayon de 25 mètres autour de tout terrain ou matériel
contaminé doivent porter un équipement de protection
des voies respiratoires et de la peau.
5. Le matériel ou les matériaux contaminés et
endommagés ne doivent pas être recyclés en vue
de fabriquer de nouveaux produits.
Qu'est-il advenu de ces recommandations?
Des preuves visuelles, ma propre expérience et des rapports
publiés confirment que:
1. Toutes les victimes de l'UA n'ont pas bénéficié
d'une assistance médicale.
2. Les mesures d'assainissement de l'environnement n'ont pas encore
été appliquées.
3. Le matériel et les matériaux contaminés et
endom-magés ont été recyclés en vue de
fabriquer de nou-veaux produits.
4. Les programmes de formation et de sensibilisation n'ont été
que partiellement mis en place.
5. Les procédures de gestion de la contamination n'ont été
ni diffusées ni mises en uvre,
Que reste-il à faire?
Tous les citoyens du monde doivent désormais dire 'non' d'une
seule et même voix à l'utilisation de munitions à
l'uranium appauvri et obliger les nations en ayant utilisé
à reconnaître les conséquences immo-rales de leurs
actes et à assumer la responsabilité des soins médicaux
et des mesures d'assainissement com-plet de l'environnement.
Il y a une citation célèbre qui dit: " Et un enfant
leur montrera le chemin ". Mais si les enfants sont malades ou
morts et si les citoyens du monde laissent cela continuer, alors il
n'y aura pas d'enfant pour réa-liser la prophétie et
nous conduire à la paix. Je vous en supplie, faites quelque
chose !
Le D' Doug Rokke a présenté cet article lors de la Conférence
de l'UNESCO sur le thème " L'enfant: victime de la guerre
et messager de la paix ", qui s'est tenue à Athènes,
en Grèce les 24 et 25 mai derniers.
Traduction: André DUFOUR
Revue NEXUS n°28