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TROIS DOCUMENTS SUR LA TCHETCHENIE :

1 - TCHETCHENIE INHUMAINE

La nouvelle guerre que conduisent les généraux russes, depuis septembre 1999, en Tchétchénie, est, en effet, particulièrement inhumaine. Plus du tiers de la population locale - soit environ 200 000 personnes - a dû fuir les combats pour chercher un refuge précaire en Ingouchie. Et, selon des organisations humanitaires internationales (que les autorités maintiennent éloignées du front), des centaines de civils auraient été tués par les bombardements aveugles de l'armée fédérale. Une armée qui, dans certains villages, se serait également livrée à des pillages, des viols et des crimes de guerre.

Largement ruinée par le précédent conflit de 1994-1996, qui fit plus de 80 000 morts, la Tchétchénie assiste avec horreur, une fois encore, à la destruction systématique de ses principales infrastructures. Cette petite république du Caucase risque ainsi d'être renvoyée, en matière de développement, un siècle en arrière.
Comment un si effroyable désastre - humain, économique, écologique - a-t-il pu se produire ? Pourquoi la communauté internationale, si prompte à se mobiliser, au nom du droit d'ingérence, l'an dernier, en faveur du Kosovo, assiste-t-elle impassible à une telle tragédie ?
La responsabilité principale en incombe certainement à Moscou, qui, au moment du démantèlement de l'Union soviétique (1991-1992), fut incapable de proposer aux entités demeurées au sein de la Fédération de Russie un statut d'autonomie fondée sur des critères authentiquement démocratiques. Avec la complicité de l'Occident, qui poussait Moscou à adopter au plus vite le modèle d'économie libérale, le Kremlin improvisa un fédéralisme à la carte, laissant s'instaurer dans chaque région, en échange d'un soutien politique, " une sorte d'affermage généralisé (1) " des secteurs les plus rentables (pétrole, devises, alcool, tabac, caviar, drogue, armes, etc.), concédés à des mafias ou à des clans locaux.
Cet ensemble de pratiques exacerba les tensions sociales. Surtout en Tchétchénie, pays qui, après avoir fourni, avant 1940, jusqu'à 45 % du pétrole de l'Union soviétique, voyait la misère s'étendre et connaissait un déclin irrésistible, sa production d'hydrocarbures ne représentant plus que 1 % à peine de la production de la Russie.
Avec la montée des mafias resurgirent également le sentiment nationaliste et un renouveau de l'islam sunnite restés vivaces dans un pays qui, durant plus d'un siècle, avait résisté à l'expansionnisme colonial moscovite et avait été le dernier bastion du Caucase à se rendre aux Russes en 1859.
Les déshérités se montrèrent particulièrement sensibles au discours des missionnaires wahhabites, venus d'Arabie saoudite - avec des moyens financiers considérables prêcher un islam intégriste qui avait déjà séduit une partie des résistants afghans vainqueurs des Soviétiques dans les années 80. A ce courant islamiste appartenaient les principaux combattants indépendantistes du début des années 90, et notamment le célèbre Chamil Bassaev.
Après la victoire militaire sur Moscou en 1996, l'union sacrée des Tchéchènes se délita. Soumis à un blocus territorial par les forces russes, le gouvernement de M. Aslan Maskhadov se retrouva sans moyens pour reconstruire le pays. Les wahhabites, de leur côté, constituèrent des fiefs islamistes où ils imposèrent la loi coranique (charia) contre la volonté de nombreuses familles. Les mafias et le banditisme, profitant de ces désordres, proliférèrent. On vit alors se développer une véritable économie de rapine et de brigandage : pillages des fermes isolées, contrebandes de toutes sortes, et surtout enlèvements contre rançon de centaines de personnes, dont de nombreux étrangers.
PEU à peu, la Tchétchénie devint ainsi, en partie malgré elle, une entité chaotique ingouvernable, redoutée par ses voisins et que ses propres habitants commencèrent à fuir. Dans ce contexte de pourrissement, trois événements vont se produire qui conduiront au conflit actuel. D'abord, en mai 1999, la Russie se sentit marginalisée lorsqu'un oléoduc reliant Bakou (Azerbaïdjan) à Soupsa (Géorgie), sur les bords de la mer Noire, fut officiellement rouvert avec la bénédiction occidentale. Plus grave, en novembre 1999, la Turquie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie signaient un accord pour la construction d'un autre oléoduc reliant Bakou au port turc de Ceyhan, en Méditerranée, évitant ainsi définitivement le territoire russe. Moscou ressentit cela comme un camouflet géopolitique pouvant annoncer une grave perte d'influence dans le Caucase. D'autant que ces nouveaux oléoducs se placent, automatiquement, sous la protection du système de sécurité de l'OTAN...
En août 1999, le raid sur le Daghestan, conduit par le chef islamiste tchétchène Bassaev, avait confirmé, aux yeux des Russes, les risques de contagion qu'entraînerait, pour l'ensemble du Caucase, l'exemple d'une éventuelle indépendance de la Tchétchénie. Vite circonscrit et maté, ce raid a indiscutablement fait peur à Moscou, qui voit avec préoccupation se multiplier les menaces contre son contrôle sur une région aussi stratégique que le Caucase du Nord.
Enfin, au début de l'automne 1999, les attentats à l'explosif contre des immeubles civils avaient fait quelque 300 morts dans plusieurs villes de Russie. La culpabilité en a été rapidement attribuée (sans preuves décisives) aux " bandits tchétchènes ", ce qui a chauffé à blanc une opinion publique plongée depuis dix ans dans une catastrophe sociale.
Que M. Vladimir Poutine se soit saisi de cette situation pour s'imposer comme l'homme fort qu'attendent les Russes, c'est une évidence. Mais cette dimension politicienne est inséparable des enjeux stratégiques de la guerre : il s'agit, pour Moscou, de reconquérir la Tchétchénie et, au-delà, de rétablir la Russie comme puissance dominante dans tout le Caucase. Faut-il pour autant occire jusqu'au dernier Tchétchène ?

LE MONDE DIPLOMATIQUE | FÉVRIER 2000 | Page 1http://www.monde-diplomatique.fr/2000/02/RAMONET/13180


2 - TCHETCHENIE : DOUZE ANS DE CONFLIT

1er novembre 1991. Déclaration d'indépendance de la Tchétchénie.
11 décembre 1994. Intervention des troupes russes et première guerre.
31 août 1996. L'accord de Khassaviourt entre Alexandre Lebed, alors chef du Conseil de sécurité russe, et M. Aslan Maskhadov, chef des indépendantistes tchétchènes, met fin à la guerre.
27 janvier 1997. M. Maskhadov devient président lors des premières élections libres, sous la surveillance d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
7 août 1999. Raid sur le Daghestan conduit par le chef islamiste tchétchène Chamil Bassaev.
25 août 1999. L'armée de l'air russe bombarde des positions islamistes du Daghestan et des villages tchétchènes situés près de la frontière.
1er octobre 1999. Soldats et chars russes entrent dans le nord de la Tchétchénie.
17 novembre 1999. Lors de la réunion de l'OSCE à Istanbul, les Occidentaux accentuent leurs critiques contre l'offensive militaire russe.
28 mars 2000. Election de M. Vladimir Poutine, dès le premier tour, à la présidence de la Fédération de Russie.
Avril 2000. Moscou annonce la fin des opérations militaires en Tchétchénie, mais les attentats se multiplient contre l'armée russe.
Juin 2000. Le nouveau président russe Vladimir Poutine place la Tchétchénie " sous administration présidentielle directe ".
7 avril 2001. Première manifestation antiguerre dans la capitale tchétchène : plus de 2 000 personnes exigent des négociations avec le président indépendantiste Maskhadov et la libération des civils détenus.
23-26 octobre 2002. Un commando tchétchène prend en otage 700 spectateurs à l'intérieur du théâtre de la Doubrovka de Moscou. L'assaut des forces spéciales se soldera par 115 morts russes ­ plus la quasi-totalité des Tchétchènes.
22 novembre 2002. Lors d'un sommet informel, le président George W. Bush et son homologue russe évacuent leurs divergences sur la Tchétchénie au nom de l'alliance antiterroriste.
26 mars 2003. Référendum sur la nouvelle Constitution, qui confirme l'appartenance de la Tchétchénie à la Fédération de Russie : officiellement, 85 % des Tchétchènes votent et 96 % disent oui.

LE MONDE DIPLOMATIQUE | JUIN 2003 | Page 15 http://www.monde-diplomatique.fr/2003/06/A/10227


3- APPEL DES RUSSES DE PARIS A LEURS COMPATRIOTES

Un peuple qui asservit un autre peuple ne saurait être libre et heureux. Aucun peuple ne saurait être " grand " et digne de respect s'il humilie et extermine un autre peuple.
La guerre en Tchétchénie, présentée comme une " lutte contre le terrorisme " est en fait un génocide du peuple tchétchène. Grozny, la capitale de Tchétchénie a été complètement rasée. Il ne reste plus dans ce pays un seul village qui n'ait pas été bombardé. Des soldats mercenaires s'y livrent aux exactions et aux pillages. Les plus malheureux sont toutefois les enfants tchétchènes, pour la plupart orphelins et qui ne connaissent rien d'autre que la guerre, les meurtres et la peur.
Le ressentiment et l'aveuglement ont amené au pouvoir un médiocre transfuge du KGB, Vladimir Poutine, digne continuateur de crimes commis par Eltsine, Gratchev et consorts. Le guerre en Tchétchénie a été déclenchée pour lui permettre d'arriver au pouvoir.
Peuple de Russie ressaisis-toi ! Sinon au lieu de la démocratie et de la liberté tu auras une nouvelle oligarchie et une nouvelle tyrannie !

Section russe auprès du Comité Tchétchénie de Paris
21 ter, rue Voltaire - 75011 Paris.
Tél : 06 14 02 74 52
email : comitétchétchénie@hotmail.com