L'UNION EUROPÉENNE
PEUT LEGALEMENT ÉLIMINER LES DIVERGENCES D'OPINION
'La cour a décrété que la Commission Européenne pourrait limiter les
critiques dommageables à " l'image et la réputation de l'institution
" et ceci en ressortant une pratique juridique utilisée jadis par
les gouvernements fascistes dans les années 1920 et 1930
La Cour Européenne de Justice a statué
en mars dernier: l'Union Européenne peut évincer les critiques afin
de protéger sa réputation.
La Cour a décrété que la Commission Européenne pourrait limiter les
critiques dommageables à "l'image et la réputation de l'institution".
et ceci en ressortant une pratique juridique utilisée jadis par les
gouvernements fascistes dans les années 1920 et 1930 : "la protection
des droits des autres". Cette décision de la Cour de Justice Européenne
représente un défi lancé à un demi?siècle de jurisprudence des autres
cours européennes et de la Cour des Droits de l'Homme à Strasbourg.
Ceci constitue une véritable résurrection de l'ancien délit de "diffamation
séditieuse" qu'avait banni le parlement anglais. La Cour des Droits
de l'Homme a statué de façon répétée que les institutions gouvernementales
ne pouvaient restreindre le droit à la critique avec ce type de moyen.
En particulier, l'expression : "protection du droit des autres"
ne peut s'appliquer aux personnes morales. Cette décision laisse entendre
que la Cour de justice Européenne ne se considère pas liée par la Convention
Européenne des Droits de l'homme, qu'avaient élaborée les juristes britanniques
pour sauvegarder la liberté en Europe. Ce fait nouveau est extrêmement
grave, car la nouvelle Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne
étend la compétence de la Cour de Justice Européenne au domaine des
libertés civiles. Elle la fait passer d'un statut de tribunal commercial
traitant les questions du marché économique à celui d'une réelle Cour
Suprême. Elle a déjà commencé à se référer à la Charte dans ses arrêtés,
rejetant l'objection du gouvernement britannique qui arguait l'absence
de statut légal de ce document.
On ouvre ainsi la voie à une Cour Européenne
de Justice qui commence à rendre des décisions sur des prises de paroles
impliquant d'ordinaires citoyens européens, ou bien des organes de presse
eurosceptiques. Nous nous retrouvons maintenant avec deux institutions
de Droit européen rivales, placées* sous l'autorité de deux Cours rivales
dotées de points de vues très différents sur la question des libertés
civiles : la Cour Européenne de Justice et la Charte d'un côté, la Cour
des Droits de l'Homme et la Convention de l'autre. Et la bataille commence
juste.
SOURCE : Article de Ambrose Evans?Pritchard,
The Telegraph, 10 mars 2001,Londres. NEXUS N°16.