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Le doute raisonnable

Daniel Martin

Parmi les valeurs démocratiques qui ont été " attaquées par les terroristes" le 11 septembre, il en est une qu'on semble avoir oubliée : un suspect est innocent jusqu'à ce qu'on ait établi sa culpabilité devant un juge impartial. Or, dans le procès qui opposerait le leader d'Al-Qaïda aux Etats-Unis, un avocat de la défense ne manquerait pas de souligner certains conflits d'intérêt.

Il y a dans la région de la mer Caspienne un titanesque gisement de pétrole, qui contiendrait environ 200 milliards de barils, et dont la valeur est estimée à 4 trillions $US. Ce serait le second gisement planétaire en importance après celui de la région du golfe Persique. Le 20 novembre 1994, un consortium dirigé par British Petroleum (BP) et réunissant cinq pétrolières américaines, deux britanniques, une norvégienne, turque, arabe et une russe (Lukoil) ont signé un accord où ils s'engagent à investir 8 milliards au cours des 30 prochaines années dans l'exploitation de ce gisement.

Le 30 août 2001 (12 jours avant WTC), la BBC annonçait la ratification d'une entente entre ledit consortium et l'Azerbaïdjan visant à faire passer la production de trois plates-formes de forage de la mer Caspienne de 100 000 à 3 500 000 barils par jour. Cette entente prévoyait aussi un investissement de 3 G$ pour des plates?formes additionnelles et des pipe-lines.

Or, le seul pipeline existant actuellement passe par la région des Balkans et la Russie. Une des routes envisagées pour l'exploitation de ce colossal gisement est l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan via le Central Asian Oil Pipeline Projet (2,5 milliards d'investissement), mis sur la glace en 1998, lorsque les talibans ont pris le pouvoir. Les compagnies américaines impliquées dans le projet ont donc un avantage énorme à chasser les talibans du pouvoir pour mettre à leur place un gouvernement plus sympathique aux États-Unis. Et soit dit en passant, Bush junior aussi. En effet, le président américain est un actionnaire important de BP, Exxon Mobil et Pennzoil trois compagnies faisant partie du consortium. Qui plus est, les pétrolières américaines ont versé 2,8 millions à la campagne présidentielle (en plus du 2,3 millions de l'industrie de l'automobile).

Ajoutons qu'après son séjour chez papa Bush, le vice-président Dick Cheney. a travaillé pour Halliburton, une pétrolière qui a versé un total de 18,2 millions à divers politiciens l'an dernier, et que la Conseillère en sécurité nationale, Condaleeza Rice, a travaillé dix ans pour Chevron (la compagnie a même nommé un de ses super-pétroliers en son honneur).

Ce qu'il faut déduire de cet accablant dossier, c'en qu'il y a beaucoup de gens très riches et puissants politiquement qui ont avantage à intervenir militairement en Afghanistan, afin d'assurer l'exploitation d'un gisement qui, selon certains experts comblerait le besoins énergétiques américains pour les 500 prochaines années. Et ça, pour moi, c'est un doute raisonnable.

SOURCE : Energy Information Administration, Official Energy Statistics from the US government, www.eia.doe.gov
Journal " Métro ", 23 octobre 2001.
N.B. : Article reproduit avec l'autorisation du Journal METRO/