LIBAN : SABRA ET CHATILA
Un témoin-clé disparaît dans un attentat à la voiture piégée
Le lendemain du jour où il a réaffirmé son intention de témoigner devant
la cour en tant que témoin direct des crimes de guerre perpétrés par
le Premier Ministre israélien Ariel Sharon, Elie Hobeika a été pulvérisé.
Une énorme bombe, déclenchée à distance, a tué Hobeika ainsi que ses
trois gardes du corps et a incendié le quartier Hazmiyeh de Beyrouth,
au Liban. L'attentat du 24 janvier a été revendiqué par un groupe jusque?là
inconnu, " Les Libanais pour un Liban Libre et Indépendant ".
Personne n'y a cru une minute. Qu'est?ce qui a fait d'Hobeika, qui avait
en commun avec Sharon une haine virulente des Palestiniens, un tel danger
pour son ancien patron et protecteur ? Elie Hobeika était Commandant
des Forces Libanaises pendant la guerre civile du Liban à l'époque de
l'invasion massive du pays par Israël en 1982. Les Forces Libanaises
(LF) étaient une milice fasciste, directement armée et financée par
Israël et par les États-Unis. En juin 1982, l'armée israélienne (IDF),
avec le soutien total des États-Unis, a lancé une invasion massive du
Liban. L'objectif était de détruire l'Organisation de Libération de
la Palestine (PLO), alors principalement basée au Liban, et d'installer
un gouvernement fantoche à Beyrouth.
Durant tout l'été 1982, les forces armées israéliennes ont bombardé
sans merci la capitale libanaise, faisant plus de 20000 morts, en grande
majorité des civils. En septembre 1982, un accord de cessez-le-feu a
été imposé aux Libanais et aux Palestiniens qui résistaient à l'assaut.
Les réfugiés palestiniens constituaient plus de 10 pour cent de la population
libanaise qui comptait à l'époque trois millions d'habitants. Dans le
cadre de cet accord, les forces militaires de la PLO devaient être évacuées
vers la Tunisie. En contrepartie, la sûreté et la sécurité des camps
de réfugiés palestiniens serait garantie. La clause garantissant la
sécurité était cruciale car toutes les parties savaient bien que les
forces libanaises et autres milices fascistes massacreraient les camps
à la moindre occasion.
Le 16 septembre, une fois les combattants de la PLO partis, les forces
armées israéliennes avaient complètement encerclé les camps de réfugiés
de Sabra et de Chatila dans la partie ouest de Beyrouth. Dans ces camps,
il ne restait pratiquement plus que des femmes, des enfants et des vieillards.
Cependant, le Ministre israélien de la Défense de l'époque, Ariel Sharon,
ainsi que les commandants israéliens qui se trouvaient sur le terrain,
ont dit qu'ils pensaient que des combattants de la PLO se cachaient
toujours dans ces camps.
Armés de ce prétexte, les Israéliens ont autorisé les Forces Libanaises
sous le commandement d'Hobeika à entrer dans les camps de réfugiés palestiniens
pour " mettre de l'ordre ". Un week-end d'une horreur"
inimaginable s'ensuivit. Les Forces Libanaises commencèrent à passer
d'une maison à une autre, obligeant les habitants terrifiés à sortir
dans la rue et les divisant en groupes. Pendant les 36 heures qui suivirent,
elles ont violé, torturé et massacré, anéantissant la quasi totalité
de la population de plus de 2000 Palestiniens et Libanais vivant à Sabra
et Chatila. Les responsables et ministres israéliens, dont Ariel Sharon
-qui, en tant que Ministre de la Défense, endossait l'entière responsabilité
de l'occupation du Liban- ont été à plusieurs reprises informés de ce
qui se passait. Lorsque les Israéliens ont enfin ordonné à Hobeika de
retirer les Forces Libanaises, tard le 17 septembre. celles?ci ont demandé
une rallonge d'un jour pour " finir leur travail ", ce qui
leur a été accordé. Une fois que les images atroces du massacre de Sabra
et Chatila eurent fait le tour du monde, le sentiment de colère et d'écœurement
fut si grand qu'Israël fut obligé de créer une commission d'enquête
officielle l'année suivante. La Commission Kahan décréta Sharon "
indirectement responsable " du massacre. Il fut obligé de démissionner
de son poste de Ministre de lia Défense, mais pas du Conseil des ministres
israélien.
Sharon souhaite que le monde oublie son passé tâché de sang. Et le gouvernement
américain, qui fut plus que complice au Liban (après tout, les États-Unis
ont fourni les avions, les tanks et les armes pour l'invasion de 1982)
fait preuve d'une amnésie totale sur la question. La seule préoccupation
des États-Unis est de poursuivre en justice les chefs d'état étrangers
en tant que " criminels de guerre " lorsqu'ils ne suivent
pas les instructions de Washington. Mais les Sens du monde entier, et
en particulier les survivants de ce massacre, n'ont pas oublié Sabra
et Chatila. Plusieurs survivants et parents de victimes palestiniens
ont intenté un procès au pénal contre Ariel Sharon en Belgique. L'an
dernier, la Belgique a adopté une loi permettant à ses tribunaux d'entendre
des causes concernant des soi?disant crimes contre l'humanité, quelque
soit l'endroit où ils étaient -ou avaient été- commis. Le 23 janvier,
Hobeika, qui était en contact direct avec Sharon et d'autres responsables
israéliens durant tout le massacre de 1982, avait affirmé qu'il se rendrait
à Bruxelles pour témoigner lors du procès. Le lendemain, il était mort.
SOURCE : NEXUS n° 21 Richard Becker, Workers World Sen,ice, 7février
2002, site Internet http://www.workers.org, en anglais