LA GUERRE CONTRE LA LIBERTÉ
Par Nafeez Mosaddeq Ahmed © 2002
L'analyse des informations disponibles
suggère la complicité de groupes occultes internes au gouvernement,
de l'armée et des services de renseignements américains dans les événements
du 11 septembre 2001.
Dans toute enquête, on doit se poser une question essentielle : "A
qui profite le crime ? ". Les principaux bénéficiaires de la destruction
du World Trade Center se trouvent aux États?Unis : l'administration
Bush, le Pentagone, la CIA et le FBI, l'industrie de l'armement et l'industrie
pétrolière. Il n'est pas déraisonnable de se demander si ceux qui ont
autant profité de cette tragédie n'y auraient pas contribué. Patrick
Manin, journaliste d'investigation
EN RÉSUMÉ
Au regard des faits établis, la meilleure
explication, selon moi, est celle qui désigne directement l'État américain
comme responsable des événements du 11 septembre 2001. Un examen détaillé
des faits désigne non seulement Kaboul Riyad et Islamabad mais surtout,
Washington. En outre, à mes yeux, les documents présentés dans cette
analyse suggèrent fortement que des membres importants du gouvernement,
de l'armée et des agences de renseignements des États?Unis avaient été
avertis bien à l'avance des attentats du 11 septembre, et s'en sont
rendus complices à divers titres. Ce n"est évidemment pas la conclusion
que l'on souhaiterait entendre C'est pourtant celle qui s'impose à l'examen
des données à notre disposition.
Cette analyse a révélé qu'une guerre spécifique contre l'Afghanistan,
devait éclater en octobre 2001. Prévue depuis au moins un an, elle était
liée en grande partie aux intérêts économiques et stratégiques de la
région et faisait l'objet depuis au moins quatre ans d'une préparation.
stratégique. Cette préparation était le point culminant d'une décennie
d'ac*tivité stratégique régionale. Tout ce qu'il fallait était un déclencheur
de ces plans de guerre, rôle que les événements tragiques du 11 septembre
ont largement joué.
Nous avons aussi examiné des preuves irréfutables montrant que, non
seulement le gouvernement. l'armée et les services secrets s'attendaient
à ce qui allait arriver le 11 septembre, mais aussi qu'aucune mise en
garde publique n'avait été émise et qu'aucune mesure appropriée n'avait
été prise. Le fait est que les services secrets américains ont reçu
de nombreuses mises eu garde officielles, à la fois générales et précises,
contre une attaque terroriste sur les États Unis, utilisant des avions
de ligne civils comme bombes, visant des édifices clés situés dans la
capitale et à New-York et susceptibles de se produire dans la première
quinzaine de septembre. C'est aussi un fait établi que les systèmes
d'intervention d'urgence ont connu ce jour?là des failles logiquement
inexplicables, laissant les attentats" sur le World Trade Center
et le Pentagone se dérouler sans riposte aérienne efficace. Un examen
détaillé de la véritable chronologie des événements du 11 septembre
laisse fortement supposer que cette énorme défaillance du système de
défense n'a pu être possible que grâce à des obstructions délibérées
de la part de responsables à des postes clés du gouvernement et de l'armée.
C'est un fait avéré que l'administration Bush a, en outre, systématiquement
entravé les enquêtes sur les terroristes impliqués ou fortement soupçonnés
avant le 11 septembre ? dont Oussama Ben Laden, sa famille et des membres
suspects de la famille royale saoudienne qui le soutiennent. Même après
cette date, l'administration Bush n'a cessé de détourner les investigations
et d'entraver les enquêtes pertinentes, le FBI concentrant ses efforts
futiles sur l'Allemagne plutôt que sur l'Arabie Saoudite ? où se trouve
la véritable source du réseau Ben Laden, selon l'ancien directeur adjoint
du FBI, feu John O'Neill. Il est en particulier établi que l'administration
Bush a bloqué toute enquête sur la complicité de l'ISI [services secrets
pakistanais] dans les attentats du 11 septembre. En vérité, il y a des
raisons de croire que par l'intermédiaire de FISI, qui a des "
liens étroits " avec la CIA et joue le rôle d'instrument régional
au service des intérêts américains, des éléments des services secrets
américains ont peut?être eu une complicité directe dans le financement
et le soutien des terroristes ayant perpétré les attaques aériennes
du 11 septembre. Cette idée est appuyée par le fait que le chef de l'ISI,
qui a fourni 100 000 dollars au principal pirate de l'air présumé Mohammed
Atta, ait démissionné discrètement sous la pression des États-Unis ?
évitant ainsi le scandale dû à une publicité excessive et limitant les
velléités d'enquête sur le rôle de l'ISI dans les événements du 11 septembre.
Il est clair que, en faisant jouer la pression, l'administration Bush
a réussi à protéger l'ISI de toute autre révélation préjudiciable de
sa complicité dans le soutien des responsables des attaques aériennes,
tout en protégeant l'ancien chef de l'ISI lui?même. En entravant les
investigations sur les terroristes et en maintenant ce qui équivaut
à un accord secret, financier, politique et même militaire, l'administration
Bush a efficacement soutenu leurs activités. La politique américaine
s'est, en outre, essentiellement attachée à garantir les intérêts économiques
et stratégiques de l'élite à l'étranger, tout en veillant à ce que le
peuple américain n'en sache rien. Aussi choquantes et horrifiantes soient
elles, ces conclusions s'appuient sur une analyse détaillée des événements
avant, pendant et après le 11 septembre 2001. Cependant, mon intention
n'est pas de prétendre que les conclusions exposées ici sont définitives.
Au contraire, selon moi, ces conclusions sont simplement les meilleures
déductions valables à partir des faits avérés à ce jour. Libre au lecteur
de décider s'il partage ou non cette opinion. En définitive, cette étude
ne vise pas à fournir un compte rendu définitif mais, plutôt, à motiver
le besoin urgent d'une investigation en profondeur et documentée sur
les événements du 11 septembre.
LES FAITS TELS QU'ILS ONT ETE ETABLIS
Voici un résumé des faits établis, tels
qu'ils sont répertoriés dans cette étude :
? Les États?Unis sont responsables autant que l'ex?URSS de la montée
de l'extrémisme religieux, du terrorisme et de la guerre civile en Afghanistan
depuis les années 1980. Cependant, les États?Unis sont directement responsables
de cultiver une idéologie "du djihad" déformée qui, avec les
armes et ]"entraînement fournis par eux, a alimenté un état de
guerre incessant et les actes de terrorisme dans le pays après le retrait
des forces soviétiques.
? Les États?Unis ont cautionné la montée des Talibans et ont continué,
au moins tacitement, à soutenir ce mouvement, malgré ses criantes violations
des droits de l'homme à l'égard des civils afghans, afin de garantir
leurs intérêts stratégiques et économiques dans la région.
? Le gouvernement américain et l'armée avaient planifié une guerre contre
l'Afghanistan avant le 11 septembre, depuis au moins un an, plan enraciné
dans de larges considérations économiques et stratégiques liées au contrôle
de l'Eurasie, et par là même, à la consolidation d'une hégémonie américaine
mondiale sans précédent.
? Le gouvernement américain a immanquablement entravé les investigations
et les enquêtes sur des membres de la famille royale saoudienne, sur
des hommes d'affaires saoudiens ainsi que sur des membres de la famille
Ben Laden, soupçonnés de soutenir Ben Laden et les terroristes de son
réseau. Cela revient, en réalité, à protéger les figures de premier
plan résidant en Arabie Saoudite qui entretiennent des liens avec Oussama
Ben Laden.
? Le gouvernement américain a immanquablement entravé les tentatives
visant à accuser et appréhender Oussama Ben Laden, le protégeant ainsi
directement de façon efficace.
? Le gouvernement américain autorise depuis des années des terroristes
supposés du réseau Ben Laden à s'entraîner dans des structures militaires
américaines financées par l'Arabie Saoudite ainsi que dans des écoles
de pilotage américaines.
? Des figures haut placées du gouvernement américain, de l'armée, des
services secrets et de la police ont reçu de nombreuses mises en garde
crédibles et insistantes concernant les attentats du 11 septembre, qui
se confortaient les unes les autres. Seule une enquête complète pourrait
éclaircir de façon définitive pourquoi les services secrets américains
n'ont pris aucune mesure face à ces mises en garde. Cependant, la nature
de ces multiples mises en garde, ainsi que les fausses déclarations
des services secrets américains qui ont prétendu n'avoir reçu aucune
mise en garde précise concernant ce qui allait arriver, laisse penser
que les services secrets étaient parfaitement au courant des attentats
qui se préparaient mais tentent aujourd'hui de le cacher au peuple américain.
? En dépit des nombreux avertissements, les systèmes d'intervention
d'urgence de l'armée de l'air américaine ont failli de façon systématique
le 11 septembre, violant ainsi les instructions claires généralement
suivies à la lettre. Cela n'a pu arriver qu'à cause d'obstructions délibérées
du suivi des procédures d'opération habituelles d'intervention d'urgence.
? Pour réussir, ces obstructions systématiques n'ont pu être l'œuvre
que de responsables clés du gouvernement américain et de l'armée. Tant
le Président Bush que le chef d'état?major des armées Myers ont affiché
une apparente indifférence face aux attentats du 11 septembre, au début
de leur déroulement (très long délai de réaction de US Air Force), ce
qui laisse un peu plus penser qu'ils sont personnellement responsables.
Une fois encore. une enquête complète est requise à ce sujet.
? Des journalistes indépendants ont révélé que Mahmoud Ahmed, en tant
que Directeur général de l'ISI, avait canalisé des fonds du gouvernement
américain vers Mohamed Atta, décrit par le FBI comme le "principal
pirate de l'air". Le gouvernement américain a protégé Ahmed, et
s'est protégé lui-même, en lui demandant de démissionner discrètement
après cette découverte, entravant ainsi une enquête plus poussée et
un éventuel scandale.
? Les événements du 11 septembre ont en réalité profité de façon décisive
à l'administration Bush, en justifiant la consolidation du profit et
du pouvoir de l'élite, tant aux États?Unis que dans les autres parties
du monde. Les événements tragiques ayant entraîné l'assassinat de milliers
de civils innocents ont été exploités par le gouvernement américain
pour mettre un frein aux libertés sur le territoire tout en lançant
une impitoyable campagne de bombardement du peuple afghan complètement
impuissant. faisant près de deux fois plus de victimes que les attentats
du 11 septembre.
UNE POSSIBLE COMPLICITÉ DES ÉTATS-UNIS
Il existe plusieurs scénarios possibles
éclairant le rôle du gouvernement américain. Cependant. toutes ces possibilités
semblent fortement indiquer un important degré de complicité des États?Unis
dans les attentats du 11 septembre. Cela ne signifie pas que les États?Unis
aient contribué à orchestrer les attentats du début à la fin. ou que
les attaques sur le World Trade Center et le Pentagone aient été "mises
en scène " par les États?Unis ou encore que les responsables aient
été employés par les États?Unis dont ils auraient reçu directement les
ordres. Cela signifie que le gouvernement américain, par ses actions
et son immobilisme. a réellement facilité les attaques, protégé les
responsables. entravé les tentatives visant à prévenir les attentats
et entretenu des liens politiques, financiers et militaires étroits
avec les figures clés qui ont soutenu ces responsables. Que chaque étape
de cette politique ait été ou non le fruit d'une volonté délibérée,
le rôle joué par le gouvernement américain, dans les événements clés
avant et après le 11 septembre suggère fortement sa responsabilité.
Celle?ci peut s'appliquer, pour le moins, à une complicité par négligence
ou par omission, pour la simple et bonne raison que le gouvernement
américain a systématiquement fait preuve d'une imprudence obstinée et
d'une indifférence absolue quant aux conséquences probables en termes
de pertes de vies humaines, dans sa course aux intérêts économiques
et stratégiques. En outre, la façon logique et vraiment systématique
dont ces politiques ont été mises en œuvre. même à la suite du 11 septembre.
laisse également supposer une complicité délibérée.' Bien entendu, cette
complicité s'inscrit dans un contexte. ce qui démontre que la relation
des États-Unis avec Oussama Ben Laden est bien plus complexe que ce
que l'opinion conventionnelle voudrait nous faire croire. Les pouvoirs
établis saoudiens semblent avoir soutenu Ben Laden, principalement en
cédant à la corruption, afin d'éviter au régime saoudien d'être la cible
de son réseau. Selon les termes du New Yorker (22 octobre 2001), le
régime est "si affaibli et effrayé qu'il a consolidé son avenir
en canalisant des centaines de millions de dollars pour se protéger
des groupes fondamentalistes qui veulent le renverser". Par conséquent,
ce sont les intérêts purement américains, plutôt que ceux des pouvoirs
établis saoudiens, qui sont tombés sous les balles de ces groupes. Bien
que les États?Unis semblent être au courant depuis des années de l'implication
des pouvoirs établis saoudiens dans le financement d'Al?Qaida. les administrations
successives ont délibérément laissé faire, motivées par le souci des
profits pétroliers garantis à travers l'hégémonie américaine sur le
régime saoudien, dont la "stabilité" ?signifiant autorité
incessante ? doit être à tout prix préservée. Cette stabilité semble
mériter d'être préservée, même si c'est au prix de la vie de civils
et de soldats américains. à l'étranger et sur le territoire. En d'autres
termes, les intérêts économiques de l'élite l'emportent largement sur
de prétendues préoccupations concernant les vies humaines. Les attentats
à la bombe contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie
par AI?Qaida constituent un précédent qui,. comme le dit Richard Labevière,
n'a pas empêché l'administration Clinton de continuer à soutenir indirectement
le réseau Ben Laden ; "ils pensaient que les États?Unis y gagneraient
sur le long terme". C'est le même type de considérations qui semble
avoir motivé la poursuite et l'encouragement des relations des États?Unis
avec des pays soupçonnés soutenir AI?Qaida, même après le 11 septembre
? à savoir, le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Dans un même temps, il
est également clair que les services secrets américains étaient au courant
des projets terroristes d'Al?Qaida pour le 11 septembre (au moins d'une
façon générale, mais vraisemblablement de façon très précise) mais ont
continué à faciliter et à soutenir ? en cachette, par l'intermédiaire
des alliés locaux du réseau terroriste ? la préparation et la mise en
œuvre de ces plans, tout en assurant une absence de mesures préventives
sur le territoire avant le 11 septembre et le jour même. Cela semble
s'expliquer par le fait que ces attentats arrivaient au moment propice
pour l'administration Bush, confrontée à une crise de légitimité intérieure
et internationale ainsi qu'à des fissures croissantes dans l'ordre mondial
sous hégémonie américaine se manifestant par une envolée de l'opposition
partout dans le monde. En laissant ces actes terroristes se produire,
donnant apparemment quelques coups de pouce nécessaires tout en faisant
la sourde oreille aux avertissements, garantissant ainsi leur réalisation,
l'administration Bush a effectivement cautionné et soutenu AI?Qaida
par l'intermédiaire de complices clés (à l'insu ou non du réseau terroriste),
fournissant ainsi le déclencheur dont elle avait si désespérément besoin
pour réaffirmer sa politique de pouvoir partout dans le monde. À vrai
dire, les mesures prises par l'administration Bush après le 11 septembre
semblent avoir été conçues sur mesure pour assurer que les fissures
de plus en plus fatales de l'ordre mondial, qui avaient commencé à apparaître
à la fois sur le territoire et à l'étranger avant le 11 septembre, ne
réapparaissent plus. Les mesures énergiques prises au niveau des droits
civils fondamentaux, associées à la diabolisation des opposants, font
partie intégrante de l'octroi de pouvoirs de guerre illimités, donnant
le feu vert à l'administration Bush pour s'embarquer dans une nouvelle
guerre totale contre tout régime défiant les intérêts américains. La
protection d'une dictature stable en Arabie Saoudite fait aussi partie
intégrante de ce plan de consolidation et d'expansion hégémonique. L'administration
Bush semble penser que, tant que les pouvoirs établis saoudiens continuent
à verser de l'argent dans les poches d'Al?Qaida, le minimum de stabilité
régionale requis sera maintenu, garantissant ainsi le libre accès des
États?Unis aux réserves pétrolières du Moyen?Orient. La viabilité de
cette politique est un autre problème. bien qu'elle semble avoir "
marché " jusqu'à présent, ce qui explique probablement pourquoi
l'administration Bush pense pouvoir poursuivre dans cette voie. au moins
pendant quelque temps encore.
LA FONCTION D'OUSSAMA BEN LADEN DANS
LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE
Pendant ce temps?là, la présence permanente
et diffuse d'Al?Qaida joue son rôle dans l'ordre mondial. au moins pour
les quelques années à venir. Dans un article du 18 septembre 2001, le
journal londonien Guardian évoquée la fonction jouée par Oussama Ben
Laden dans la matrice des objectifs de la politique étrangère américaine:
?Si Oussama Ben Laden n'existait pas, il faudrait l'inventer. Au cours
des quatre années passées, son nom a été évoqué chaque fois qu'un président
américain a cherché à augmenter le budget de la défense ou à esquiver
les traités sur le contrôle des armes. Il a même servi à justifier le
pro gramme de défense antimissiles du Président Bush, bien que ni lui
ni ses compères ne soient censés posséder quoi que ce soit se rapprochant
de la technologie des missiles balistiques. Il est aujourd'hui devenu
la personnification contre le mal nécessaire au lance ment d'une croisade
pour le bien : le visage d'un ennemi invisible... Son utilité pour les
gouvernements occidentaux réside dans sa capacité à terrifier l'opinion.
Lorsqu'un budget militaire de plusieurs milliards est en jeu. les états
dévoyés et les seigneurs de la guerre terroristes deviennent des atouts
précisément parce que ce sont des contrepoids ".
Consolider et étendre 1'hégémonie américaine, et contrer totalement
les rivaux russes, chinois et européens nécessite l'existence d'une
menace suffisant pour provoquer un consensus intérieur autour du caractère
implacablement interventionniste de la politique étrangère américaine
dans cette nouvelle e toute puissante "guerre contre le terrorisme".
Le réseau terroriste international d'Oussama Ben Laden joue bien ainsi
aux yeux de l'administration Bush, son rôle de "père fouettard"
dans le scénario américain visant à soumettre de plus en plus l'ordre
mondial à son influence militaire, politique, stratégique et économique.
Cela explique l'absence systématique d'enquête de la part de l'administration
Bush sur les partisans connus d'Al Qa'ida en Arabie Saoudite et au Pakistan
? et même sur les cellules d'Al Qaida opérant à l'intérieur même des
États-Unis. Que cela se passe à l'insu ou non des membres d'Al?Qa'ida
et de Ben Laden lui?même est une autre question. Tant qu'Al?Qa'ida continuera
à jouer ce rôle au sein d'un ordre mondial sous domination américaine,
cet état de fait perdurera sans doute. Tout au moins. le gouvernement
américain a clairement adopté l'ensemble de sa politique en se basant
sur une froide mais méticuleuse analyse "inconvénients?avantages",
des possibilités suivantes :
? Prendre d'importantes mesures contre Al?Qa'ida, tout en causant du
tort aux intérêts américains dans la région ainsi qu'aux intérêts de
ceux qui soutiennent Ben Laden ;
? Laisser opérer ces soutiens d'AlQa'ida et s'abstenir de toute action
contre le réseau, afin de protéger. les intérêts américains.
La seconde semble être celle actuellement suivie par l'administration
Bush, pour les raisons expliquées plus haut. Cette politique revient,
au minimum, à une complicité indirecte dans les attentats du 11 septembre,
à travers la protection continuelle des principaux soutiens des auteurs
des attentats. Partant de là, il est évident que, dans un avenir proche,
sous prétexte de viser des cellules terroristes diffuses en lien avec
Al Qa'ida, plusieurs pays de par le monde, présentant une valeur stratégique
pour les États?Unis, seront les victimes de la " nouvelle guerre
" de Bush pour l'hégémonie américaine.
LES INTERETS ECONOMIQUES ET STRATEGIQUES
DES ÉTATS?UNIS
Le "conflit des civilisations"
exacerbé risquant de résulter de cette politique américaine cynique,
avec le chaos et la destruction qui l'accompagneront, présente des conséquences
graves pour 1'avenir de l'humanité. À vrai dire. les nouveaux prétextes
sont déjà évoqués. Dans son allocution sur l'état de l'Union du 29 janvier
2002, le Président Bush a pratiquement déclaré la guerre à tout pays
estimé représenter une menace aux yeux des États?Unis. Bush a mis en
carde contre les" milliers de dangereux meurtriers, formés à l'école
du meurtre, souvent soutenus par des régimes hors?la?loi", et a
ouvertement menacé d'attaquer, en particulier, l'Iran, I'Irak et la
Corée du Nord. Le gouvernement américain et les médias ont uni leurs
efforts pour laisser supposer un lien quelconque entre l'Iran et l'Irak
et AI?Qa'ida. "En recherchant des armes de destruction massive,
ces régimes représentent un grave et croissant danger. De tels états
ainsi que leurs alliés terroristes constituent un Axe du Mal, s'armant
pour menacer la paix dans le monde", a déclaré le Président avant
d'ajouter : "Les États?Unis d'Amérique ne laisseront pas les régimes
les plus dangereux du monde nous menacer avec les armes les plus destructrices
du monde". L'horrible ironie de ces déclarations est évidente à
la lumière des documents présentés ici en ce qui concerne le rôle de
l'administration Bush dans les événements du 11 septembre, son utilisation
délibérée de l'intimidation de masse envers la population afghane et
les politiques d'impérialisme qui les accompagnent dans le pays et à
l'étranger. Le Moyen?Orient et l'Asie centrale possèdent à eux deux
plus des deux tiers des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel.
Après l'Arabie Saoudite, l'Iran et l'Irak sont respectivement les deuxième
et troisième plus gros producteurs de pétrole de la région. Tant l'Iran
que l'Irak, en accord avec leurs intérêts locaux, sont fondamentalement
opposés aux manœuvres des États-Unis visant à s'assurer le libre accès
à ces ressources régionales. L'Iran, par exemple, tente de sauvegarder
ses propres intérêts en Afghanistan et en Asie centrale, entrant ainsi
en conflit direct avec les intérêts américains dans la région. L'Irak
est toléré depuis maintenant dix ans, uniquement parce que les États-Unis
n'ont pas réussi à trouver d'alternative viable au régime de Saddam
Hussein. À la lumière des résultats du 'précédent" apparemment
réussi fourni par la guerre contre l'Afghanistan, les États?Unis semblent
bien décidés à jouer une nouvelle manche en Irak en éliminant Saddam
et en enrôlant l'opposition afin d'établir un nouveau régime docile.
Des plans similaires sont peut-être en préparation pour l'Iran. Quant
à la Corée du Nord, ce pays borde la Chine et occupe ainsi de longue
date une position stratégique en terme de planification politique américaine.
La Chine est depuis longtemps considérée par les prévisionistes politiques
américains comme leur principal rival en Asie du Nord et en Asie orientale.
Le réseau militaire installé par les États-Unis au lendemain du 11 septembre
encercle scrupuleusement la Chine ?comprenant l'Ouzbékistan, le Tadjikistan,
le Kirghizistan, le Pakistan, l'Inde. les Philippines et maintenant
la Corée. Le Guardian a livré quelques observations sur ces évolutions
et sur leur contexte militaro?stratégique "Chaque tournant de la
guerre contre le terrorisme semble laisser un nouvel avant?poste du
Pentagone dans la région Asie?Pacifique, depuis l'ex?URSS jusqu'aux
Philippines. L'une des conséquences durables de cette guerre pourrait
être ce qui équivaut à un encerclement militaire de la Chine".
Pour expliquer ses propos, le quotidien londonien a cité la Quadrennial
Defense Review du Pentagone, mettant en garde contre le risque "d'apparition
dans la région d'un concurrent militaire doté d'une formidable base
de ressources". Le journal préconisait une politique américaine
"mettant l'accent sur l'obtention d'accords supplémentaires concernant
l'accès et les infrastructures".
L'expansion de l'offensive. faussement appelée " guerre contre
le terrorisme " est ainsi conçue sur mesure pour viser les régions
représentant un intérêt stratégique et économique pour les États?Unis,
et consolider ainsi l'hégémonie américaine sans précédent dans ces régions.
DES ANOMALIES FLAGRANTES
Il vaut la peine d'insister ici sur le
fait que même le plus petit degré d'implication possible de la part
de l'administration Bush ne l'absout pas de sa responsabilité scandaleuse
dans les événements du 11 septembre. Au minimum, les faits établis démontrent
avec certitude que le gouvernement américain sait très bien que les
alliés régionaux que sont l'Arabie Saoudite, le Pakistan et quelques
autres, financent et soutiennent AI?Qa'ida depuis des années. Pourtant,
malgré cela, le gouvernement a laissé ce soutien se poursuivre,. entravant
avec force les investigations des services secrets dans ce domaine et
canalisant une aide américaine vers ces mêmes alliés. Cette politique
s'est poursuivie dans l'objectif de maintenir ces alliances lucratives.
au travers desquelles les intérêts économiques et stratégiques américains
dans la région sont protégés. En même temps, le gouvernement est depuis
longtemps conscient de la menace que représente Al Qa'ida pour la sécurité
nationale des États-Unis, et, en particulier, était certainement conscient
qu'Al Qa'ida préparait une quelconque attaque dévastatrice sur le sol
américain pour le second semestre 2001. Malgré cela, le gouvernement
américain a refusé de modifier sa politique qui consistait à maintenir
des alliances régionales avec les principaux partisans d'Al?Qa'ida,
y compris à canaliser une aide financière et militaire ? et il a continué
dans cette voie, même après le 11 septembre. Les faits établis dénoncent
ainsi avec certitude une politique américaine faisant continuellement
preuve d'une indifférence obstinée et imprudente à l'égard des vies
humaines, essentiellement motivée par les intérêts économiques et stratégiques.
Cette politique s'est poursuivie sans relâche, sans tenir compte du
risque qui pesait sur la vie des Américains, risque dont sont parfaitement
conscients les responsables politiques. Par conséquent, cette politique
revient, même avec le plus petit degré d'implication possible, à une
complicité délibérée sinon indirecte de l'administration Bush dans les
attentats du 11 septembre. Même si les renseignements recueillis révèlent,
à mon sens, la complicité consciente de l'administration Bush, je tiens
une fois de plus à préciser que l'objectif de cette étude n'est pas
de fournir une analyse définitive ou exhaustive. Elle vise principalement
à rassembler les innombrables faits entourant les événements du 11 septembre,
largement ignorés du public, et à les éclaircir à l'aide de documents
détaillés. Ces faits n'ont tout simplement pas été abordés de façon
adéquate dans les médias et la version conventionnelle des événements,
officiellement épousée par l'administration Bush et servilement répétée
par les médias et le monde universitaire, ne les justifie ni ne les
explique. La plupart des commentateurs, dont les critiques supposés
de la politique américaine, se bornent à qualifier de non pertinente
et à écarter arbitrairement toute discussion sur le rôle du gouvernement
américain dans les attentats. Mais comme le montre cette étude. les
faits établis ont des implications bien trop importantes pour être écartés
par quiconque souhaitant réellement comprendre.
En analyse finale, cette étude révèle une foule de questions restées
sans réponse, d'anomalies flagrantes auxquelles il faut obliger le gouvernement
américain, l'armée et les services secrets de répondre lors d'une enquête
publique. Une telle enquête est à l'évidence des plus urgentes et doit
être exigée à tous les niveaux de la société. Les actes du gouvernement
américain devraient toujours être transparents, justifiables et raisonnables.
Et s'ils venaient à ne pas répondre à ces critères, le gouvernement
doit en répondre devant le peuple américain. Il s'agit d'un droit public
et d'un principe élémentaire de la démocratie. Que des figures et des
institutions américaines clés aient été coupables de complicité ou de
pure incompétence, le public a le droit de le savoir ? c'est la moindre
des choses à l'égard de la mémoire des victimes du 11 septembre. Ainsi,
une enquête publique indépendante, à grande échelle, doit être entreprise
dès que possible, faute de quoi la vérité sur ce qu'il s'est passé le
11 septembre ? et par la suite ? demeurera à jamais étouffée.
A propos de l'auteur : Nafeez Mosaddeq
Ahmed, spécialiste des sciences politiques et ardent défenseur des droits
de l'homme, est le Directeur exécutif de l'Institut de recherche politique
pour le développement (Brighton, Royaume?Uni) , groupe de réflexion
attaché à promouvoir les droits de l'homme, la justice et la paix (voir
http:llit,i4,,m,.globalresearch.org). Ahmed est l'auteur de nombreux
travaux de recherche internationalement reconnus ainsi que d'articles
sur les usages de droits de l'homme et la politique étrangère occidentale.
Ses archives d'analyses politiques, publiées sur Internet par Media
Monitors Network à Los Angeles, aux États?Unis (voir site Internet http://www.mediamonitors.net),
ont été qualifiées de "site génial" sur le Netscape Open Directory
Project.
Note de l'éditeur: Cet article est extrait
et adapté du chapitre de conclusion du livre de Nafeez Mosaddeq Ahmed,
The War on Freedom : How and Why America was Attacked, September 11/9/2001
(La guerre contre la liberté : comment et pourquoi on a attaqué l'Amérique
le 11 Septembre 2001) (http://www.thewaronfreedom.com). Il est reproduit
avec l'autorisation de l'Institut de recherche politique pour le développement,
basé au Royaume?Uni. Traduction Christelle Guinot
paru dans la revue Nexus n°23, 2002