LES ETATS-UNIS IVRES DE LEUR PROPRE IMAGE
par Toussaint KAFARHIRE MURHULA
Un cynisme odieux s'affiche dans l'intervention américaine
en Afghanistan. Cette sortie sur la scène internationale en
ce début du troisième millénaire contient tous
les ingrédients pour donner le goût de l'ivresse d'un
pouvoir hégémonique. Elle fait aussi penser à
l'intervention dans la crise du Golfe d'il y a une décennie.
Après la guerre froide, la politique subtilement despotique
(la CIA) se servant des paravents des dictateurs locaux ou des organismes
internationaux (le FMI, la Banque Mondiale ou l'ONU), les Etats-Unis
se sentaient déjà malades de régner en maître
absolu sans se donner un interlocuteur capable de leur donner l'occasion
de se mirer et de mesurer leur force.
La crise provoquée par les événements du 11
septembre dernier a donné une belle opportunité au lion
à la fois juge et partie de crier "haro sur le baudet".
Sous le prétexte de vouloir capturer Ben Laden et de démanteler
l'arène taliban du terrorisme, ce sont des innocents à
nouveaux qui payent les frais. A lui tout seul, Ben Laden se voit
octroyer le privilège de faire déployer un arsenal militaire
comme si on allait en guerre contre la coalition du monde entier.
Le machiavélisme qui s'en dégage est le fait que seuls
les intérêts des Américains méritent d'être
défendus comme s'ils émanaient d'un ordre divin intouchable.
Pour les victimes innocentes de l'attentat terroriste du 11 septembre,
il faut créer de nouvelles victimes parmi la population civile
afghane qui meurent gratuitement des bombardements à cause
de la folie des grandeurs. Cela donne à penser à l'Egypte
pharaonique ou aux civilisations africaines passées dans lesquelles
le roi se faisait enterrer avec quelques-uns de ses sujets qui l'accompagnaient
dans son voyage de l'au-delà. Le plus à plaindre est
la mascarade propagandiste de bombes qui pleuvent en même temps
que les parachutages des vivres faussement dits "humanitaires".
L'abus de l'opinion internationale que les médias occidentaux
veulent à nouveau prendre en otage. Comment peut-on tuer gratuitement
et donner en même temps à ses victimes de l'assistance
humanitaire ? A moins d'avoir poussé le sadisme à son
paroxysme. La loi du plus fort restera toujours la meilleure dans
un ordre planétaire créé pour dominer sans dialoguer.
Dans cet ordre de choses, aucune négociation n'est possible.
Ce panorama a sincèrement quelque chose de profondément
sinistre. Et si le bon sens commun s'érige et s'inscrit en
faux contre le terrorisme, une certaine lucidité bien informée
donne à croire que ce dernier reste l'unique manière
de se glisser sur l'échiquier de la prétentieuse civilisation
dite démocratique, crispée sur ses propres principes,
ivre de sa propre image, responsable d'avoir généré
un ordre malsain dans l'économie libre du marché que
ne fait qu'accentuer le gouffre entre la pauvreté des uns et
la richesse des autres. Le drame des sociétés puissantes
aujourd'hui, c'est d'avoir raison même contre la moralité
élémentaire de l'humanité. Quand elles créent
des pauvres, des épidémies (sida, ebola,
), la
famine, les dictatures et même le terrorisme (en rappelant que
Ben Laden est une invention purement américaine), tout cela
au nom de la liberté et de la démocratie, elles s'octroient
encore le droit de légitime défense devant un effet
boomerang de leur propre machiavélisme. Franchement, il y a
de quoi rire d'étonnement devant la réaction qui prétend
que ce sont les valeurs mêmes de la civilisation qui ont été
attaquées.
L'ordre du monde dans un millénaire qui s'esquisse à
peine doit se négocier autrement et se construire sur un sens
accru de justice. Exploiter les différences de l'humanité
pour des fins mégalomaniaques égocentristes relève
d'une raison déraisonnante toujours en passe de justifier ses
propres infamies. Espérons que les contradictions internes
au système hégémonique américain qui commencent
à sortir au grand jour soient des signes prémonitoires
qu'un ordre mondial nouveau est en gestation et que l'impérialisme
voit arriver sa propre fin. L'équilibre du monde dans le nouveau
millénaire se construira sur des valeurs non pas imposées
d'un haut-lieu américain, mais plutôt sur base des valeurs
négociées par toutes les composantes de l'humanité
parmi lesquelles même les exclus auront une voix active de participation.
Alors, lutter contre le terrorisme ne sera plus une adresse hyper-militaire
basée sur l'intimidation qui prend elle-même la tournure
d'une machine terroriste, mais une réaction qui agit sur les
causes profondes pouvant résulter en de nouveaux actes de terreur.
Autrement, l'ironie risque de montrer un jour que l'argument de force
n'est pas une force d'argument et qu'il contient toujours la faiblesse
de la déraison dans l'histoire.
Toussaint KAFARHIRE MURHULA, SJ Hekima College (Nairobi)
SOURCE : Fraternet.com
http://www.fraternet.com/attentat/comprendre13.htm