RESPECT PLUTOT QUE TOLERANCE
Le monde est indiscutablement
en crise. Certaines régions sont plus touchées que d'autres.
Pourquoi l'homme rend-il Dieu responsable de sa violence et de son
échec ? Les religions divisent-elles les hommes et aiguisent-elles
leur haine ?
Pour le musulman que je suis, il est vraiment banal de dire que l'Islam
est tolérant. Il est patent que la tolérance est marquée par la mentalité
et la philosophie médiévales.
Le Robert la définit ainsi : " c'est le fait de ne pas interdire
ou exiger, alors que l'on pourrait ". La tolérance n'est donc
pas un droit. Elle est une mansuétude à partir d'une position de domination.
On tolère l'erreur, alors qu'on pourrait l'interdire au nom de la
vérité. Le toléré est perçu comme un pestiféré, un mal qu'on ne peut
extirper qu'au prix d'un grand mal. Tolérer ce mal c'est s'en accommoder
momentanément et à contre cœur, par pure charité, et toujours avec
une certaine condescendance dictée par une supériorité bienveillante.
Le respect en revanche, est un droit. Seul le respect garantit la
dignité. Dans le respect, il n'y a ni inférieur ni supérieur. Dans
la tolérance il y a celui qui tolère à un niveau supérieur et celui
qui est toléré à un niveau inférieur. Cette inégalité est supprimée
par le respect. Je peux dès lors, sans céder un iota de mon engagement
dans mes valeurs spirituelles et culturelles, aller au devant de l'autre,
avec ses valeurs et ses convictions, bâtir mes relations sur la base
d'une égalité totale et vice versa.
En effet le respect a pour fondement la nature humaine. Tous les hommes
sont en même temps égaux et faillibles. Il peut et doit assumer son
destin !
Le respect que je dois à l'autre n'implique pas ainsi nécessairement
que je mette en doute mes propres valeurs spirituelles et culturelles.
Dans la sourate 10 au verset 99, Dieu dit : " Si ton Seigneur
l'avait voulu, tous ceux qui sont sur Terre, croiraient en lui dans
leur totalité. Est-ce à toi (Mohamed) de contraindre les hommes à
être croyants ? ". Dieu lui-même s'est abstenu en somme de contraindre
l'homme à croire en lui et il a interdit à son messager de recourir
à la contrainte. Il nous enseigne le respect de l'homme.
Mais le respect de Dieu pour l'homme n'est ni abandon, ni indifférence,
ni rupture et refus de communication. Toute la révélation divine,
depuis l'apparition de la vie pensante sur terre, est dialogue continu
avec Dieu qui invite l'homme " avec sagesse " et "
bonne exhortation " (Le Coran, S.16, v. 125). Le dialogue se
poursuit dans le Coran, Dieu exhorte, édifie, avertit, met en garde
et invite à méditer ses signes.
Bref, il s'offre, offre son secours et sa direction, se propose en
permanence et ne s'impose jamais. Le respect est la déontologie de
la foi en l'Islam.
Il ne m'appartient pas d'ôter à mon égal en dignité et en virtualité
la responsabilité de s'assumer, c'est à dire de faire usage de la
liberté dont on lui fait cadeau. Afin de répondre aux multiples questions
qui nous angoissent et pour que notre insertion dans les exigences
spirituelles du XXème siècle soit féconde pour tous, il nous faut
prendre conscience. Dans un monde où la communication sera dominante
et déterminante, il nous faut, juifs, chrétiens et musulmans, sans
rien céder dans nos engagements respectifs, apprendre à dialoguer
et réfléchir ensemble avec sincérité et respect sur tout ce qui nous
est commun dans l'héritage de notre père Abraham et ceci bien sûr
en y associant le reste de l'humanité dans le respect de leurs valeurs.
Sans poser de " bombes à retardement " dans l'autre camp.
Défendre le respect que je dois à l'autre, c'est défendre le respect
que l'on me doit. Il s'ensuit une détente dans les rapports spirituels,
culturels et sociaux beaucoup plus saine que celle qui procure la
simple tolérance, dans une solidarité agissante entre des égaux et
" égos " ayant les mêmes droits et les mêmes vocations à
se déterminer librement dans le choix de leurs itinéraires vers l'humain
et vers Dieu.
Hafid OUARDIRI
Pour le débat spécial " Tolérance et Respect " du 26 mars
2001 organisé aux Nations Unies, Genève, par le Haut Commissariat
des Droits de l'Homme.
SOURCE : TERRA ; http://perso.club-internet.fr/terra/MS/LettreBV.htm,
e.mail : terra@club-internet.fr