L'ANNEXION DU CANADA FAIT-ELLE PARTIE
DU PROJET MILITAIRE DE BUSH ?
Par Michel Chossudovsky
Aut Journal, décembre 2004
RESUME
Depuis bientôt deux ans, Ottawa est impliqué dans la
négociation d'un accord de coopération militaire qui
permet à l'armée américaine de traverser la frontière
et de déployer des troupes partout au Canada, ainsi que de
stationner des navires de guerre américains dans les eaux territoriales
canadiennes. La redéfinition du système de défense
canadien est discutée à huis clos, non pas au Canada
mais à la base aérienne de Peterson, au Colorado, au
quartier général du Commandement Nord américain
(Northcom).
La création du Northcom, en avril 2002, constitue une violation
flagrante de la souveraineté territoriale du Canada et du Mexique.
Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait
annoncé de manière unilatérale que le Commandement
Nord (Northcom) aurait juridiction sur l'ensemble de l'Amérique
du Nord. Le Canada et le Mexique furent mis devant le fait accompli.
La juridiction du Commandement Nord, telle que présentée
par le Département de la Défense américain, inclus,
en plus des États-Unis continentaux, l'ensemble du Canada,
le Mexique, ainsi que des portions des Caraïbes, les eaux adjacentes
de l'Atlantique et du Pacifique jusqu'à 500 miles au large
des côtes des trois pays, ainsi que l'Arctique canadien.
Le mandat annoncé du Northcom est d'offrir " une convergence
nécessaire pour les défenses aérospatiales, terrestres
et maritimes [du continent], et un support crucial pour les autorités
civiles en temps de besoin national. "
Rumsfeld se serait même vanté que " le Northcom
-avec l'ensemble de l'Amérique du Nord comme commandement géographique-
fait partie de la plus grande transformation du Plan de Commandement
Unifié (UCP) depuis son introduction en 1947. "
À la suite du refus du premier ministre Jean Chrétien
de joindre le Northcom, un soi-disant groupe " consultatif "
de planification binational (Binational Planning Group, BPG), opérant
à partir de la base aérienne de Peterson, fut mis sur
pied vers la fin 2002. Son mandat était de " préparer
des plans d'urgence pour répondre aux menaces et attaques [terrestres
et maritimes] et autres urgences majeures au Canada et aux États-Unis.
"
Le mandat du BPG va beaucoup plus loin que celui d'un simple corps
consultatif militaire faisant des " recommandations " au
gouvernement. En pratique, il n'est redevable ni devant le Congrès
américain, ni devant la Chambre des communes canadienne.
Le BPG possède un personnel de 50 " planificateurs militaires
" canadiens et américains qui ont travaillé assidûment
au cours des deux dernières années à poser les
bases d'une intégration des structures de commandement militaire
canadiennes et américaines. Le BPG travaille en coordination
avec le Comité de coopération militaire Canada-États-Unis
sise au Pentagone, un soi-disant comité responsable de "
la planification militaire conjointe ".
Ses activités comprennent deux blocs principaux : le Plan
combiné de défense (Combined Defense Plan, CDP) et le
Plan d'assistance civile (Civil Assistance Plan, CAP).
À travers son Plan d'assistance civile (CAP), le BPG est impliqué
dans le soutien à la militarisation des fonctions civiles en
ce qui a trait au judiciaire et à la police, aux États-Unis
et au Canada. Le BPG a établi des " plans militaires d'urgence
" qui seraient activés " des deux côtés
de la frontière canado-américaine " en cas d'attaque
terroriste ou de " menace ". En vertu du Plan d'assistance
civile du BPG, ces soi-disant " scénarios de menaces "
impliqueraient une " réponse coordonnée aux requêtes
nationales pour une assistance miliaire [de la part des autorités
civiles]. "
En décembre 2001, en réponse aux attentats du 11 septembre,
le gouvernement canadien a conclu un accord avec le responsable de
la Sécurité intérieure Tom Ridge, intitulé
" Canada-US Smart Border Declaration ". Cet accord donne
au Département de la Sécurité intérieure
américain un accès à des informations confidentielles
sur les citoyens et résidents canadiens. Il procure aussi aux
autorités américaines un accès aux dossiers fiscaux
des Canadiens.
Ces développements suggèrent que le processus "
d'intégration binationale " ne s'opère pas seulement
dans les structures de commandement militaire mais aussi dans les
domaines de l'immigration, de la police et du renseignement. La question
est : que restera-t-il de la juridiction du Canada en tant que nation
souveraine, une fois que ce processus déjà amorcé,
incluant le partage et/ou la fusion de banques de données,
sera complété?
Le Canada est destiné à devenir un membre du Northcom
à la fin du mandat de deux ans du BPG. Sans doute le projet
sera-t-il présenté au parlement comme étant "
dans l'intérêt du pays. " Il " créera
des emplois pour les Canadiens " et " rendra le Canada plus
sécuritaire ".
Pendant ce temps, l'important débat sur la participation canadienne
au bouclier anti-missiles, lorsque considéré hors d'un
contexte plus large, peu servir à détourner l'attention
de l'opinion publique sur la question plus fonamentale de l'intégration
militaire, qui impliquerait l'acceptation par le Canada non seulement
du bouclier anti-missiles mais aussi de l'ensemble de l'agenda militaire
américain, y compris des hausses significatives des dépenses
militaires, qui seront allouées à un programme de défense
de l'Amérique du Nord contrôlé par le Pentagone.
Le Canada cesserait de fonctionner en tant que nation. Ses frontières
seraient contrôlées par des responsables américains
et des informations confidentielles sur les Canadiens seraient partagées
avec le Département de la Sécurité intérieure.
Les troupes et les forces spéciales américaines pourront
entrer au Canada, en raison des accords binationaux. Les citoyens
canadiens peuvent être arrêtés par des agents américains
agissant au nom de leurs vis-à-vis canadiens, et vice-versa.
Le monde est à l'aube d'une des crises les plus sérieuses
de l'histoire moderne. Les États-Unis ont lancé une
aventure militaire qui menace l'avenir de l'humanité. Ils ont
élaboré un projet de conquête et de domination
à l`échelle planétaire. Le Canada se trouve en
quelque sorte sur la frontière immédiate du " centre
de l'empire ". Le contrôle territorial du Canada fait partie
du projet géopolitique et militaire des États-Unis.
Les libéraux ainsi que l'opposition du Parti conservateur
ont endossé le project militaire des États-Unis. En
appuyant l'intégration des deux pays dans les sphères
de la défense, de la sécurité intérieure,
de la police et du renseignement, le Canada ne devient pas seulement
un membre en règle de la " coalition " de George
W. Bush. Il participera directement, à travers des structures
de commandement militaire intégrées, au projet de conquête
des États-Unis en Asie centrale et au Moyen-Orient, incluant
le massacre de civils en Irak et en Afghanistan, la torture de prisonniers
de guerre, l'établissement de camps de concentration, etc.
www.globalresearch.ca 30 November 2004
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