Loin des capitales, le G8 se mobilise
pour traquer les communications
Mont-Tremblant, à une centaine de kilomètres sur les hauteurs de Montréal
au Québec, met en avant ses pistes de snow-board, ses huit superbes
parcours de golf et son "télécabine panoramique"...
C'est aussi pour son caractère de station retranchée que cette petite
bourgade canadienne a été choisie par les membres du G8, le club des
pays les plus puissants de la planète, pour réunir les 13 et 14mai
leurs ministres de l'Intérieur et de la Justice. Cela aurait pu être
l'occasion d'un baptême du feu diplomatique pour MM. Sarkozy et Perben,
nommés respectivement ministre de "l'Intérieur et de la sécurité
intérieure" et garde des Sceaux dans le gouvernement de Jean-Pierre
Raffarin. Mais lundi et mardi dernier, ils ont dû se faire représenter
à Mont-Tremblant par des hauts fonctionnaires, comme nous l'a confirmé
l'un des ministère concerné.
Les principes démocratiques sont
en jeu
Derrière l'anecdote de calendrier, se
profile une subtile guerre d'influence touchant aux moyens de télécommunications.
Il est question de surveillance préventive des informations de connexion
(voix ou données) que laisse tout usager sur le moindre réseau de
communication (fixe ou mobile). Un débat rélancé par les attentats
du 11 septembre aux États-Unis: les responsables internationaux de
la police et de la sécurité insistent sur la nécessité de collecter
à l'avance (avant toute constatation d'infraction) tous les "logs"
de connexion d'un abonné, afin de pouvoir retracer plus tard ses agissements.
Question cruciale, puisque la présomption d'innocence et les valeurs
démocratiques exigent logiquement que ce type de surveillance exploratoire
a priori soit proscrite.
Dans leur compte
rendu public diffusé cette semaine à l'issue de leur réunion de
Mont-Tremblant, les ministres du G8 se déclarent "très heureux"
d'approuver un document en gestation depuis 1999: "Recommandations
sur le dépistage des communications électroniques transfrontalières
dans le cadre des enquêtes sur les activités criminelles et terroristes"
(document
html en français). Avec pour objectif d'aider "nos organismes
de police et de sécurité nationale à localiser et identifier rapidement
les criminels et les terroristes qui se servent des réseaux de communication
internationaux à des fins illicites".
Retrouver la trace de toute communication...
"Les événements tragiques du 11
septembre 2001 ont rendu ce travail encore plus urgent", notent
les ministres en préambule. "Les terroristes peuvent utiliser
le courriel, les sites internet, les téléphones portables et d'autres
technologies de communication en développement, afin de faire des
plans et de transférer l'information sur plusieurs continents de façon
à les rendre difficiles, sinon impossibles, à dépister. On ne doit
pas permettre aux terroristes de tirer profit de la modernisation
et de la mondialisation des communications."
S'ensuit dix mesures concrètes pour y parvenir. Pour être en mesure
de dépister les communications, "il est impératif de disposer
de données d'achalandage", c'est-à-dire les fameux "logs"
reconstituant le parcours d'une personne sur les réseaux. Il faut
donc "assurer la préservation expéditive des données d'achalandage
existantes relatives à une communication particulière, qu'elles aient
été transmises par un ou plusieurs fournisseurs de services, ainsi
que la divulgation rapide d'une quantité suffisante de données d'achalandage
pour permettre l'identification des fournisseurs de services et du
chemin par lequel la communication a été transmise, à la suite de
l'exécution d'un ordre judiciaire ou autre national que la loi intérieure
permet." Plus loin, un autre point recommande de "promouvoir
une architecture de réseau qui améliore la sécurité et permette, dans
les cas appropriés, de dépister les usages abusifs du réseau tout
en tenant compte de la vie privée de ses utilisateurs".
Une liste exhaustive pour traquer
le trafic internet
Un autre document dresse une liste
de données techniques à prendre en compte pour les réseaux IP. D'abord
celles du "système d'accès au réseau" (SAR, le point d'entrée)
- "date et heure de connexion, ID utilisateur, adresse IP assignée,
adresse IP du SAR, nombre d'octets transmis et reçus, identification
de la ligne appelante". Puis spécifiquement, le "serveur
de courriel" (journal SMTP) est concerné surtout pour repérer
"message-ID (msgid), expéditeur (login@domain), destinataire
(login@domain), (...) adresse IP du client connecté au serveur, ID
utilisateur, dans certains cas, renseignements sur le courriel récupéré".
Mêmes requêtes pour les protocoles suivants: "serveurs de téléchargement"
(FTP), avec "chemin et nom de fichier des données téléchargées
vers l'amont ou l'aval"; serveurs web, avec "journal http,
adresse IP de la source (...), dernière page visitée"; les newsgroups
Usenet, "ID du processus, message-ID du message livré (...)";
et enfin les "services de bavardage internet", les forums
de chat comme l'IRC, avec "durée de la séance, surnom utilisé
pendant la connexion IRC, nom d'hôte ou adresse IP ou les deux".
Cette liste fait figure de petit vade-mecum pour les forces de l'ordre.
Et pas seulement celles du G8, car son influence est bien plus large
en matière de cybercriminalité. En effet, le "Groupe des 8"
a ouvert depuis plusieurs années un "réseau international de
contacts disponibles 24 heures sur 24 pour faire échec à la criminalité
en haute technologie". "Depuis le 11 septembre, le G8 a
grossi de façon significative [ce] réseau (...) qui, à l'origine,
comptait 16 États participants et en comprend aujourd'hui 26",
notent les délégués à l'issue de leur réunion canadienne.
Conflit en Europe, attente des décrets
LSQ en France
Les pays de l'Union européenne sont
en première ligne pour tenter d'appliquer, en force, ce principe de
"rétention préventive" des données identifiant l'abonné
et ses parcours réticulaires. Le Parlement européen et le Conseil
des ministres sont toujours farouchement opposés sur cette question.
À Strasbourg le 18avril dernier, la commission parlementaire des Libertés
du citoyen a une nouvelle fois approuvé le principe du "droit
à l'oubli", dans une directive en cours de révision (protection
des données dans les télécommunications). Il y est établi que "toute
forme de surveillance électronique générale ou exploratoire pratiquée
à grande échelle est interdite".
Mais de leur côté, les gouvernements et leurs hauts fonctionnaires
de la sécurité et du renseignement restent campés sur leurs positions
(résumées dans notre article
du 13/12/2001): cet amendement est abusif, disent-ils. Cette directive
ne couvre pas les compétences dites du "3e pilier" (justice,
défense et sécurité), et ne peut donc pas empêcher les États de prendre
de telles mesures, dans le respect des conventions internationales
sur les droits de l'homme. Le Parlement dans son ensemble, qui avait
déjà rejeté, à la majorité, la formulation du Conseil le 13novembre
dernier, doit passer au vote en deuxième lecture le 29mai prochain.
Les pendules ne sont pas prêtes d'être à l'heure...
En tous cas, le listing des données à conserver élaborée par le G8,
approuvé donc par la France, devrait ressembler à celui que doit contenir
l'un des décrets d'application de la loi sécurité quotidienne du 15novembre
2001. La LSQ ordonne déjà aux prestataires de conserver pendant un
an les données de connexion (article 29). Selon nos informations,
les "arbitrages" interministériels sur ce décret très attendu
n'auraient pas été effectués avant le premier tour de la présidentielle.
Ce qui retarderait d'autant sa publication après les législatives.
Jusqu'à aujourd'hui, seulement une demi-douzaine de décrets relatifs
à la LSQ sont parus, mais très peu concernant certaines dispositions
liées à l'informatique.
Pour en savoir plus : La Suisse découvre
les effets seconds de la surveillance du trafic internet
http://news.zdnet.fr/zdnetfr/news/story/0,,s2110228,00.html
Jerome Thorel, ZDNet France
(Plus d'infos avec ZDNet : http://fr.yahoo.com/partners/zdnet2/?http://www.zdnet.fr/)
SOURCE : Site Conspiration.cc
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