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"SINON NOTRE AVENIR MEME SERA EN DANGER…"

par LE DALAÏ-LAMA

Devant le Parlement européen de Strasbourg présidé par Nicole Fontaine, le dalaï-lama -en tant que "libre porte-parole" de ses "compatriotes captifs"- a lancé un grand appel à la communauté internationale pour sauver le Tibet, qu'il a dû fuir devant l'occupation chinoise. Dans ce texte adressé au Journal du Dimanche, le leader religieux bouddhiste rappelle les principes qui guident sa lutte. Dans le contexte des attentats du 11 septembre et de la guerre qui en a découlé, ses mots prennent une résonance particulière.


"LA COMMUNAUTE humaine a atteint un point critique de son histoire. Le monde d'aujourd'hui nous oblige à accepter l'idée que l'humanité dans son ensemble ne forme qu'un seul tout. Par le passé, des communautés ont pu penser qu'elles étaient fondamentalement séparées les unes des autres. Aujourd'hui, comme viennent de nous l'apprendre les tragiques événements des Etats-Unis, ce qui survient dans une région du monde en affecte bien d'autres. Le monde devient de plus en plus interdépendant. Dans ce nouveau contexte, il est clair que l'intérêt de chacun dépend du respect de l'intérêt de tous. Si on ne met pas à l'œuvre ce sentiment de responsabilité universelle, notre avenir même sera en danger.

Je crois fortement que nous devons développer consciemment un plus grand sens de la responsabilité universelle. Nous devons apprendre à agir non seulement pour nous-mêmes, pour les nôtres ou pour notre propre pays, mais également pour le bien de l'humanité tout entière. La responsabilité universelle est la meilleure des bases pour construire à la fois notre bonheur personnel et la paix mondiale, pour définir un usage équitable de nos ressources naturelles et, dans l'intérêt des générations à venir, pour donner à l'environnement l'attention qu'il réclame.

De nombreux problèmes et conflits mondiaux naissent parce que nous avons perdu de vue ce caractère humain qui nous relie les uns aux autres comme les membres d'une même famille. Nous avons tendance à oublier qu'en dépit de leur diversité de race, de religion, de culture, de langue, d'idéologie, etc., les peuples sont égaux dans leur désir fondamental de paix et de bonheur : tous nous voulons être heureux et aucun d'entre nous ne désire souffrir. Nous nous efforçons du mieux que nous pouvons de réaliser nos désirs. Cependant, même si nous faisons en théorie l'apologie de la diversité, bien souvent en pratique nous ne la respectons pas, malheureusement. En fait, notre incapacité à tenir compte des différences devient la cause majeure des conflits entre les peuples.

C'est un fait particulièrement attristant de l'histoire humaine que des conflits s'élèvent au nom de la religion. Aujourd'hui même, des gens sont tués par un mauvais usage de la religion et par l'encouragement du fanatisme religieux et de la haine, des communautés sont détruites et des sociétés déstabilisées. Mon expérience personnelle m'a appris que le meilleur moyen de vaincre les obstacles par la voie de l'harmonie et de la compréhension entre les religions était d'instaurer un dialogue avec ceux qui ont foi en d'autres traditions. (…)

Pour ma part, afin de témoigner du respect que je porte aux autres traditions, je me suis rendu en pèlerinage à Jérusalem, le lieu saint de trois des grandes religions du monde, ainsi qu'en différents lieux de pèlerinage hindous, musulmans, chrétiens, jaïns et sikhs, en Inde comme à l'étranger. Durant les trois dernières décennies, j'ai rencontré de nombreux responsables religieux appartenant à différentes traditions et j'ai débattu avec eux de l'harmonie et de la compréhension entre les religions.

De tels échanges sont l'occasion pour les fidèles de découvrir que l'enseignement d'une autre tradition peut être source d'inspiration spirituelle au même titre que leur foi, et dispenser des conseils d'ordre moral tout aussi valables. Ainsi devient-il clair qu'indépendamment des points de doctrine et de quelques autres différences, les principales religions du monde aident les gens à se transformer et à devenir des êtres humains accomplis. Toutes mettent en évidence l'importance de l'amour, de la compassion, de la patience, de la tolérance, du pardon, de l'humilité, de la discipline, etc.

Dans le domaine de la religion, nous devons donc faire nôtre le concept de pluralité. Dans le contexte de la mondialisation naissante, toutes les formes de violence, dont la guerre, sont des moyens inadaptés pour résoudre les conflits. La violence et la guerre ont toujours fait partie de notre histoire. Autrefois, il y avait des vainqueurs et des vaincus. Aujourd'hui, si un conflit mondial devait avoir lieu, il n'y aurait plus aucun
vainqueur. Nous devons donc avoir le courage et le discernement de réclamer un monde sans armes nucléaires et, à long terme, sans armée nationale. Depuis les terribles attaques qui ont eu lieu aux Etats-Unis, la communauté internationale doit tout tenter pour que cet événement horrible et odieux serve à développer un sens de la responsabilité à l'échelle du monde permettant que prévale l'usage du dialogue et de la non-violence pour résoudre les différends.

Promouvoir une culture de dialogue et de non-violence pour l'avenir de l'humanité est un devoir auquel la communauté internationale ne saurait se soustraire. Si l'on veut que la non-violence l'emporte, il faut mettre en œuvre des mouvements non-violents dotés de moyens aptes à leur assurer le succès. Certains disent du XXe siècle qu'il aura été un siècle de guerre et de sang. Je crois que le défi qui nous est lancé aujourd'hui est de faire du nouveau siècle un siècle de dialogue et de non-violence."

SOURCE : Le Journal du Dimanche, 4 novembre 2001.

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PAROLES DE SAGESSE

Un jour à la suite d'une causerie du dalaï-lama quelqu'un dans l'assistance lui posa la question suivante : Pourquoi ne partez-vous pas en guerre contre les Chinois ?

Le dalaï-lama baissa les yeux, réfléchit, puis dit en souriant légèrement : Eh bien, vous savez, la guerre est obsolète. Il attendit quelques instants et ajouta gravement : Bien sûr, le mental peut rationaliser la guerre…, mais le cœur, le cœur lui ne pourra jamais comprendre. Si le cœur et le mental se divisent, la guerre sera alors en vous.


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